‹ Légendes pour les enfantsChapitre 128 sur 150 · XLIV

XLIV

Comment le roi de France épousa la fille du roi d'Espagne.

Le roi Jean épousa la fille du roi d'Espagne dans la ville de Burgos, et de grandes réjouissances furent faites par tout le royaume.

[Illustration]

Tandis que la fille du roi d'Espagne, gaie, heureuse, contente, avait en les yeux mille rayons de joie claire, le roi anglais, sur ses tristes vaisseaux, reprenait piteusement le chemin de Londres.

Les Parisiens chantaient sur le Pont-Nouveau du Palais[47] et sur la place Maubert:

[Note 47: Le pont au Change.]

C'est un roi bien bon et sage Qui la France mènera: Reine prise en mariage A qui doute le dira.

Et ils faisaient mille feux de joie à en incendier les carrefours.

On ne voit pas dans l'histoire Un plus triomphant pays, Princes de plus grande gloire Que ville et roi de Paris. Le destin veut que la France De l'univers entier soit la règle et l'orgueil. Lorsque Jean, notre ami, dans sa fière vaillance, De l'Espagne franchit le seuil, Il fait voir qu'il n'est pas de contrée où ne puisse, Si le bon droit est violé, D'un monarque français pénétrer la justice, Et, dès qu'il est vainqueur, il est plein de pitié. Même avant que de vaincre il est d'humeur joyeuse: Ainsi va l'esprit des Français. Dame Fortune est trop heureuse De travailler à leurs succès.

GRISELIDIS

NOTICE.

Le texte de l'Histoire de Griselidis que nous donnons ci est celui qu'a donné Le Grand d'Aussy dans son choix de fabliaux et contes, réimprimé en 1829[48], et celui qu'il attribue à Mlle de Montmartin[49].

[Note 48: Chez Jules Renouard, 5 vol. in-8. L'Histoire de Griselidis est à la page 297 du tome II.]

[Note 49: En 1749.]

Le premier texte français de cette touchante histoire date de 1484. On en a fait des éditions nombreuses avant qu'il entrât dans la Bibliothèque bleue, et il a eu l'honneur d'être mis en vers par Perrault.

C'est encore, à ce qu'il paraît, un conte d'origine française, quoique bien des gens s'imaginent qu'il nous vient directement de Boccace. L'ingénieux conteur italien inventait rarement les sujets de ses histoires; il les empruntait à droite et à gauche, en Italie ou ailleurs, et la plus abondante des sources où il ait puisé est précisément cette riche collection de petits romans et de fabliaux français qui, au moyen âge, faisaient déjà de notre nation la nation la plus littéraire, la plus spirituelle, la plus habile de l'Europe.

Le Grand d'Aussy s'exprime très-catégoriquement au sujet de Griselidis. «Du Chat[50], dit-il, dans ses notes sur Rabelais, avait déjà dit que Griselidis était tiré d'un manuscrit intitulé le Parement des dames, et c'est d'après ce témoignage que M. Manni, dans son Illustrazione del Boccacio, en a restitué l'honneur aux Français. La quantité de versions en prose qu'on fit de ce conte au quatorzième siècle prouve la grande réputation qu'il avait dès lors. J'en ai trouvé plus de vingt différentes sous le titre de Miroir des dames, Enseignement des femmes mariées, Exemple des bonnes et mauvaises femmes, etc.»

[Note 50: Le Duchat (1658-1736).]

Du reste, qu'il soit français ou qu'il soit italien, ce conte est un petit chef-d'oeuvre de grâce triste et de simplicité. Toute l'Europe en a fait ses délices.

[Illustration: Le soir elle lui apprêtait son chétif repas. (Page 278.)]

GRISELIDIS.

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