‹ L’EndymionChapitre 16 sur 28 · Scène DEUXIEME.

Scène DEUXIEME.

CLINDOR, THYMŒTES, ADMON,[illisible] PYRIDOR, STHENOBE’E.

CLINDOR.

VOila deux beaux miracles !

THYMŒTES.

Mais d’où viens tu Clindor remply d’eſtonnement ?
Qui trouble tes eſprits ?

CLINDOR.

Qui trouble tes eſprits ? Attendez vn moment,
Apres ce que i’ay veu, laiſſez moy prendre haleine,
Que ie puiſſe parler auecque moins de peine.

THYMŒTES.

Clindor, apprends nous donc ce que toy ſeul a veu :

CLINDOR.

Ce prodige inouy rend mon ſang tout eſmeu.
Enſin vous ſçauez tous qu’en la foreſt ſacrée,
Où ce Myrthe nouueau paroit droit à l’entrée ;
Ce pauvre infortuné que nous auons laiſſé

En terre, vers ce tronc, qu’il tenoit embraſſé :
Après l’avoir long-temps arrouſé de ſes larmes,
Sa douleur l’a contraint à prendre d’autres armes.
Ie me ſuis approché connoiſſant ſon deſſein,
En ſaiſiſſant le fer qu’il portoit dans ſon ſein :
Il a fait ſes efforts pour me le faire rendre,
Mais i’ay ſceu contre luy doucement me deffendre :
Ayant caché ce fer, i’ay fait tout mon pouuoir
Pour taſcher d’arreſter son cruel deſeſpoir :
Et ie le prie en vain, la fureur le transporte,
Rien ne peut l’adoucir, à tout coup il s’emporte,
Ie l’ay quitté pourtant, en l’ayant deſarmé
De ce fer, qui pour luy m’auoit tant allarmé :
Il m’apelle meſchant, cruel, impitoyable,
De vouloir prolonger ſon deſtin miſerable :
Dans ce torrent de maux ie le laiſſe crier,
Malgré tous ſes tourmens, il a beau me prier,
Ie l’ay laiſſé tout ſeul dans ces dures atteintes,
Qui faiſoient retentir la foreſt de ſes plaintes :
Sçachant le deſeſpoir où ſe porte l’amour,
Ie l’ay voulu reuoir dans ce triſte ſejour :
Mais qu’ay ie veu, bons Dieux ! au lieu du perſonnage,
I’ay veu touchant le Myrthe vn Olivier ſauuage :
Apres tant de langueurs ſes voeux ſont exaucez,
Il a tarit ſes pleurs, ſes tourmens ſont paſſez :
Ces rameaux vont ioignant ceux la de ſon amante,
Qui peut faire iuger combien elle eſt contente
De voir ce cher Berger.

ESCLAVE.

De voir ce cher Berger. O merueille des Dieux !
Trop heureux Hermodan, pouvois tu iamais mieux
Te rencontrer ?

ADMON.

Te rencontrer ? Amy, raconte nous l’hiſtoire,
Comme tu nous promis.

ESCLAVE.

Comme tu nous promis. Helas, triſte memoire,
Faut il renouueller de ſi cruels malheurs,
Que ie ne diray point ſans reſpandre des pleurs ?

THYMŒTES.

Mon fils, pour contenter toute la compagnie,
Commence :

ESCLAVE.

Commence : Chacun ſçait comme Diophanie
Fut auant ſon malheur la plus rare beauté,
Qui puiſſe à tous les cœurs oſter la liberté :
Tout cedoit à l’abord d’une telle merueille,
Qui fuſt comme en beautez en rigeur ſans pareille :
Dés ſes plus ieunes ans, à l’imitation
De celles de ſon âge, elle prit paſſion
De garder les troupeaux, & trouuoit ſes delices
Et ſes contentements dedans ces exercices.
Parmy tous les bergers qui luy furent connus,
Qui pres d’elle en ces lieux furent les mieux venus ;
Ce fuſt cet Hermodan, qui depuis leur enfance
Euſt de ſes amitiez entiere iouyſſance :
Mais connoiſſant enfin leurs charmes tous puiſſans,
Amour bleſſe d’vn trait ces deux cœurs innocens :
Car enfin s’ils eſtoient les plus parfaits du monde,
Ils s’aymerent auſſi d’vne amour ſans ſeconde :
Mais au point qu’Hermodan ſe croyoit plus heureux,
C’eſt lors que le deſtin luy fut plus rigoureux.
Vne beauté ſi rare eſtoit trop admirée,
Pour demeurer long-temps ſans ſe voir adorée,
L’on voyoit mille amans mourir pour ſes beaux yeux,

Et le ſeul Hermodan eſtoit victorieux.
Amphidamas fuſt l’vn des plus conſiderables,
Et ſe viſt à la fin vn des plus miſerables :
Son pere la preſſoit pour cet illuſtre amant ;
Mais elle fuſt rebelle à ſon commandement.
C’eſt en vain toutefois qu’elle s’en veut deffendre,
Son pere avoit deſſein pour vn ſi puiſſant Gendre :
Enfin il voulut tant vſer d’authorité,
Qu’il en a fait perir cette extreme beauté :
Feignant de s’accorder au vouloir de ſon pere,
Quant elle le voyoit emporté de cholere :
Elle luy proteſta de les rendre contens,
Pourueu qu’on luy donna cinq ou ſix iours de temps.
On luy donne ce temps avec beaucoup de ioye,
Mais c’eſtoit luy donner le chemin & la voye
Qui leur deuoit couſter tant d’ennuis & de pleurs ;
Puiſque les Dieux touchez de ſes viues douleurs,
Permirent que dans peut cette beanté diuine
Vit couurir ſon beau corps d’vne dure racine.
On la cherche par tout apres cet accidant,
Puiſque pas vn de nous, ny le pauvre Hermodant,
En ne la voyant plus n’euſt iamais le penſée
Que les Dieux pour touſiours l’euſſent ainſi placée :
Nous cherchậmes bien loing ce qui fuſt pres de nous,
Et ſi cét eſtranger n’euſt encor parmy vous
D’vne main ſacrilege abbatu ce feuillage,
Son Pere l’auroit fait rechercher dauantage.
Mais allons informer ce pere malheureux
Quel accident cauſa ſon deſſein rigoureux.

THYMŒTES.

Dieux ! le triſte recit, quelle eſtrange nouuelle
Apprendra Licaſpis, pere de cette belle.
Mais allons maintenant pourſuiure nos deſſeins,

Puiſqu’ils ſont pour les Dieux tous pieux & tous[illisible] ſaincts.
Allons leur demander ſi la belle victime,
Pour qui chacun de nous a tant pris de l’eſtime,
Leur doit eſtre immolée en ce jour folemnel ?

PYRIDOR.

Comme on eſt aſſeuré qu’il n’eſt pas criminel,
Ainſi qu’on le croyoit ; ſi c’eſt par la priere
D’une Diuinité…

STHENOBE’E en ſecret.

D’une Dininité… I’en ſuis la meurtriere,
C’eſtoit pour m’obeyr

THYMŒTES.

C’eſtoit pour m’obeyr Mes amis, il eſt temps
De porter iuſqu’au Ciel par des cris eſclattans
Nos deſirs & nos vœux, afin que la Deeſſe
Reçoiue la victime où le peuple s’empreſſe.

Ils s’en vont tous : Sthenobée demeure seule.

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