‹ L’EndymionChapitre 6 sur 28 · ACTE DEVZIE’ME. · Scène PREMIERE.

ACTE DEVZIE’ME. · Scène PREMIERE.

ISMENE, ET ENDYMION dans le char.

ISMENE.

REmarque tous ces lieux que tu n’as iamais veu,
Contemple les beautez dont le Ciel est pourueu :
Iette la veuë en bas, admire ce grand monde,
Et vois comme la terre est vne forme ronde,
Dis vn peu ſi tes yeux ne ſont point ébloüys
De voir de ce haut lieu tant de diuers pays :
Vois le mont de Taurus, voys la Licaonie,
Le fleuve de Melas & toute la Licye.

ENDYMION.

Chere Iſmene, mon cœur gouſte tant de douceurs
Que ie me ſens reuiure ainſi que ie me meurs :
O ! plaisirs nompareils,

ISMENE., faifant arretter le char.

O ! plaisirs nompareils, Noſtre courſe eſt finie,
Il me faut à ce coup quitter ta compagnie,
Voicy le bois ſacré qu’il te faut trauerſer,
Et prends garde du moins de faire renuerſer

Les effets de mon art, fais agir ton courage,
Qu’il paroiſſe en tes yeux comme ſur ton viſage.
Quand tu commenceras d’entrer dedans le bois,
Garde bien d’eſleuer trop clairement ta voix ;
Paſſe tout doucement, & tire ton eſpée,
Fais que ta main en ſoit touſiours bien occupée :
Afin que ſa lueur puiſſe faire fuyr
Des monſtres qu’à l’abord s’en vont éuanoüir :
Tu verras des Dragons, des Hydres, des Viperes,
Des Centaures, des Ours, des Tygres, des chimeres,
Qui te feront fremir d’espouuante & d’horreur,
Mais ne te laiſſe point porter dans la terreur.
Ces fantoſmes ſont vains, vne lame brillante,
Vne moindre clarté leur donne l’épouutante
Et s’eſtant diſparus, tu verras à l’inſtant
Les effets de ce charme.
elle le fait ſortir du char & le meine à l’entrée du bois.

ENDYMION.

Les effets de ce charme. Enfin ie ſuis contant :
Iſmene ſi le Ciel veut m’eſtre fauorable,
Ie diray que ton art n’a rien de comparable.

ISMENE.

Mais ſi quelque malheur t’arriuoit dans ce bois,
Tu n’as qu’à prononcer mon nom deux ou trois fois :
Et ie viendray d’abord dans ce ſeul mot d’Iſmene
Te donner du ſecours, Elle diſparoit.

ENDYMION

Te donner du ſecours, O ! femme plus qu’humaine ;
Mais ie ne la vois plus, c’eſt maintenant à moy
De preparer mon cœur au plus cruel effroy.
Il voit icy tous les monſtres qu’Iſmene luy a dit.

Dieux ! que vois ie desja, ce peut il que la terre
Souffre de ces Dragons vne ſemblable guerre :
Mais n’apprehendons rien, faiſons luire ce fer,

Afin d’eſpouuanter cette race d’enfer.
I’en vois deſia fuir, ô Dieux quelle foibleſſe !
Armons nous ſeulement d’vn peu de hardieſſe :
Ils quittent tous ces lieux, & fremiſſent de peur,
Par la ſeule clarté de cet Aſtre trompeur,
D’vn fer vn peu brillant ils craignent la lumiere ;
Tous ſe vont retirer dans leur place premiere :
Ils ne paroiſſent plus, ie ſuis hors de danger ;
Mon ame, maintenant il ne faut plus ſonger
Ce que ſignifioient ces viſions funebres :
Attendant que le iour diſſipe les tenebres,
Flechiſſons les genoux parmy ces ſacrez lieux,
Et ſupplions le Ciel qu’il eſcoute nos vœux.
Ha ! Dieux, quel bruit confus vient frapper mes oreilles,[illisible]
Mon cœur gouſte deſia des douceurs nompareilles :
Quoy ne ſeroit ce point quelque commencement
Des effets merueilleux de cet enchantement ?
Mais Dieux ! quel hurlement, quelle horrible tempeſte,[illisible]
Quel foudre, iuſtes Cieux, vient eſcraſer ma teſte ?
Enfin que ferons nous pour noſtre reconfort,
Il nous faut preparer à receuoir la mort.
Ah ! quel enchantement, quelle horrible furie !
Iſmene que ton art eſt plein de tromperie :
Viens donc me ſecourir, comme tu m’as promis,
Dans les extremitez, où tu me vois ſoûmis.
Ha ! bons Dieux ſoubs mes pieds ie ſens trembler la terre.[illisible]
Ie n’attends que la mort par vn coup de tonnerre.
He ! mais quel changement, ie vois tout appaiſer,
Ie n’entends plus de bruit, tout ſe vient diſpoſer
A remettre mes ſens de leur mortelle crainte,
A changer les couleurs dont ma face eſtoit peinte :
Et ie ſens que deſia la douceur des Zephirs
Permettent à mon cœur de pouſſer des ſoupirs ;

Et de reprendre haleine apres tant deſpouuante
Apres tant de malheurs que le deſtin m’inuente :
Ha ! la douce clarté qui me vient eſclairer ;
Courage Endymion, commence d’eſperer :
C’eſt Diane, c’eſt elle… ha ! ie vois ſon viſage,
Cachons nous promptement ſous cet eſpais feuillage.
Ha ! mes ſens, ha ! mes yeux, qu’allez vous deuenir ?

Il ſe cache parmy des feuillages ; cependant Diane vient accompagnée de ces Nymphes, & de quelques chiens : elle s’aſſeoit ſur vne roche vis à vis d’Endymion, ſur qui elle iette la veuë.

Page 1