‹ L’ÉpreuveChapitre 4 sur 23 · Scène IV

Scène IV

MAÎTRE BLAISE, LISETTE.

Lisette.

Ce monsieur Lucidor a le meilleur cœur du monde.

Maître Blaise.

Oh ! un cœur magnifique, un cœur tout d’or. Au surplus, comment vous portez-vous, mademoiselle Lisette ?

Lisette, riant.

Eh ! que voulez-vous dire avec votre compliment, maître Blaise ? Vous tenez depuis un moment des discours bien étranges.

Maître Blaise.

Oui, j’ons des manières fantasques, et ça vous étonne, n’est-ce pas ? Je m’en doute bian. (Et par réflexion.) Que vous êtes agriable !

Lisette.

Que vous êtes original avec votre agréable ! Comme il regarde ! En vérité, vous extravaguez.

Maître Blaise.

Tout au contraire ; c’est ma prudence qui vous contemple.

Lisette.

Eh bien ! contemplez, voyez. Ai-je aujourd’hui le visage autrement fait que je l’avais hier ?

Maître Blaise.

Non ; c’est moi qui le vois mieux que de coutume ; il est tout nouviau pour moi.

Lisette, voulant s’en aller.

Eh ! que le ciel vous bénisse.

Maître Blaise, l’arrêtant.

Attendez donc.

Lisette.

Eh ! que me voulez-vous ? C’est se moquer que de vous entendre. On dirait que vous m’en contez. Je sais bien que vous êtes un fermier à votre aise, et que je ne suis pas pour vous. De quoi s’agit-il donc ?

Maître Blaise.

De m’acouter sans y voir goutte, et de dire à part vous : « Ouais ! faut qu’il y ait un secret à ça. »

Lisette.

Et à propos de quoi un secret ? Vous ne me dites rien d’intelligible.

Maître Blaise.

Non, c’est fait exprès, c’est résolu.

Lisette.

Voilà qui est bien particulier. Ne recherchez-vous pas Angélique ?

Maître Blaise.

Ça est itou conclu.

Lisette.

Plus je rêve, et plus je m’y perds.

Maître Blaise.

Faut que vous vous y perdiais.

Lisette.

Mais pourquoi me trouver si agréable ? Par quel accident le remarquez-vous plus qu’à l’ordinaire ? Jusqu’ici vous n’avez pas pris garde si je l’étais ou non. Croirai-je que vous êtes tombé subitement amoureux de moi ? Je ne vous en empêche pas.

Maître Blaise, vite et vivement.

Je ne dis pas que je vous aime.

Lisette, riant.

Que dites-vous donc ?

Maître Blaise.

Je ne vous dis pas que je ne vous aime point ; ni l’un ni l’autre ; vous m’en êtes témoin. J’ons donné ma parole, je marche droit en besogne, voyez-vous ! Il n’y a pas à rire à ça, je ne dis rin ; mais je pense, et je vais répétant que vous êtes agriable !

Lisette, étonnée, le regardant.

Je vous regarde à mon tour. Si je me figurais pas que vous êtes timbré, en vérité, je soupçonnerais que vous ne me haïssez pas.

Maître Blaise.

Oh ! soupçonnez, croyez, persuadez-vous ; il n’y aura pas de mal, pourvu qu’il n’y ait pas de ma faute, et que ça vianne de vous toute seule sans que je vous aide.

Lisette.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Maître Blaise.

Et mêmement, à vous permis de m’aimer, par exemple ; j’y consens encore. Si le cœur vous y porte, ne vous retenez pas ; je vous lâche la bride là-dessus ; il n’y aura rian de perdu.

Lisette.

Le plaisant compliment ! Eh ! quel avantage en tirerais-je ?

Maître Blaise.

Oh ! dame, je sis bridé ; mais ce n’est pas comme vous ; je ne saurais parler plus clair. Voici venir Angélique. Laissez-moi li toucher un petit mot d’affection, sans que ça empêche que vous soyez gentille.

Lisette.

Ma foi, votre tête est dérangée, monsieur Blaise ; je n’en rabats rien.

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