‹ Les amours d'une empoisonneuseChapitre 15 sur 15 · XV

XV

RÉDEMPTION

Exili, l'œil sombre, jeta un manteau sur ses épaules, regarda Olivier, immobile et pâle comme une statue, et lui dit:

--L'antiquité avait des autels où les malheureux, et même les coupables, trouvaient un asile sûr... Adieu.

--Si vous êtes malheureux, mon père, dites-moi s'il est en mon pouvoir de vous consoler.

--O mon fils bien-aimé, laisse-moi te donner ce nom une dernière fois, l'ange qui traduira cette parole à Dieu obtiendra la grâce d'Exili l'empoisonneur, car s'il a travaillé pour les vers de la tombe, il a aussi formé un homme comme toi, qui honore l'humanité.

--Il y a pour vous dans mon cœur une affection réfléchie, plus profonde, plus humaine et plus sacrée que l'amour commandé par la nature.

--Que le cœur déborde de joie ou d'amertume, qu'il est doux d'entendre la voix d'un ami, la voix d'un fils!

Pardonne-moi d'avoir douté de toi.

Si tu m'avais laissé partir, je serais mort désespéré.

--Celui qui juge sera jugé.

Je ne sais rien de vous et ne veux rien savoir.

Exili peut s'accuser lui-même, son fils ne le croira pas.

Les genoux d'Exili fléchirent et ses mains se levèrent frémissantes vers le ciel:

--O Dieu! dit-il, tu m'es témoin que je ne suis pas un assassin.

Tu m'as donné cette étincelle vive que l'homme appelle le génie, et je l'ai conservée lumineuse et brûlante comme les lampes éternelles de tes sanctuaires.

J'ai travaillé l'argile périssable, du droit de l'esprit sur la matière, car la Mort seule a le secret de la Vie.

Que d'autres l'interrogent avec plus de bonheur.

Pour moi, j'ai l'âme trop pleine d'ombre pour trouver la lumière.

Le vieillard retourne à l'enfance, et ceux qui m'ont vu gravir pesamment la colline ne reconnaîtront plus celui qui descendra...

Embrasse-moi, mon fils.

Quelques instants après, Penautier sortit de la chambre voisine, remit les traites entre les mains d'Exili, et gagna la porte de sortie sans qu'une parole eût été échangée.

Un signe avertit Cosimo.

Il introduisit les visiteuses.

Henriette entra la première.

D'un mouvement spontané, elle se jeta dans les bras d'Olivier.

--Deux êtres qui s'aiment sont unis, dit Exili à madame Hanyvel avec un pâle sourire.

--Quel est ce gentilhomme si triste et si beau? demanda Henriette en grande confidence à son fiancé.

--C'est mon père... L'aimerez-vous, Henriette?

--Je serai sa fille.

Exili remit un portefeuille à Olivier.

--Voici, lui dit-il, la dot de ta femme et mon cadeau de noces.

Cosimo t'accompagnera à Venise.

Là, rien ne viendra troubler votre amour, et vous y trouverez la part de bonheur qui m'a été refusée sur la terre.

Le mariage d'Henriette et d'Olivier fut célébré sans pompe à la fin de cette journée.

Au moment où les nouveaux époux se disposaient à sortir de l'église, ils cherchèrent des yeux le comte de Kronborg, qui avait assisté à la cérémonie.

Exili avait disparu.

FIN

TABLE

I.--Un tripot sous Louis XIV 1

II.--Un père et un mari 20

III.--L'hôtellerie d'une More qui trompe 38

IV.--A la Bastille 63

V.--Un maître empoisonneur 90

VI.--Le pacte de la mort 108

VII.--Les amours d'Olivier 162

VIII.--Premiers malheurs 208

IX.--Catastrophe 223

X.--Un jour de bonheur 247

XI.--Le cimetière de la Bastille 274

XII.--ÉPILOGUE.--Ressuscité 302

XIII.--Père et mère 319

XIV.--La dot d'Henriette 328

XV.--Rédemption 334

4037--Imprimerie de Poissy--S. Lejay et Cie.

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Notes sur la transcription:

On a effectué les corrections suivantes:

Je me suis livre=>Je me suis livré

Et quelle sorte de sience=>Et quelle sorte de science

gardée à vue comme elle l'est=>gardée à vue comme est l'est

damanda-t-il après un moment.=>demanda-t-il après un moment.

Lorqu'il les rouvrit la vision=>Lorsqu'il les rouvrit la vision

tolites les ardeurs=>toutes les ardeurs

je n'ai pas su veiller dessusr=>je n'ai pas su veiller dessus

Oliver ne tarda pas à se repentir=>Olivier ne tarda pas à se repentir

des angoisses qui étaient aussi les siennet=>des angoisses qui étaient aussi les siennes

sur le parvit=>sur le parvis

le poignet drois coupé=>le poignet droit coupé

interrompit Exil=>interrompit Exili

Gandin de Sainte-Croix=>Gaudin de Sainte-Croix {5}

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End of Project Gutenberg's Les amours d'une empoisonneuse, by Émile Gaboriau