‹ Les amours de FaustineChapitre 46 sur 60 · XXV

XXV

LES BAISERS DE FAUSTINE[17]

Lorsque vers mes baisers tu tends et plies ton cou de neige, ô Colombe, avec ces yeux mi-clos qui ont je ne sais quel air noyé de tendresse, sous le désir mon âme se fond totalement, et, peu à peu, sur ta poitrine, je perds conscience et je retombe. Mais lorsque nos lèvres, tantôt jointes et tantôt retirées, font un sentier humide où s’animent à tour de rôle nos langues, et que, sur ta bouche pâmée, je peux dans mon bonheur cueillir des fleurs d’armoise, alors, oui! alors il me semble, ô Jupiter tonnant, que je suis à ta table et, ô nectar sacré, que je te bois à longs traits en compagnie des dieux.

Ce sont là les joies les plus proches des plus grandes, ô Colombe! Et, puisque tu les offres avec tant de complaisance à ton bienheureux amant, pourquoi lui refuser les plus grandes, pauvret, et du même temps faire un pauvret de lui, et faire un bienheureux? Crains-tu par hasard qu’une telle jouissance me transforme en dieu? et que je veuille m’en aller seul pour voir sans toi les champs élysées? Allons, allons! quitte cette crainte, ô gracieuse, jolie, moitié de ma vie, ô Colombe. Tu le sais: qu’un endroit charme seulement tes yeux, il devient pour moi le palais des dieux et les champs du plus grand bonheur[18].

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