‹ Les AntliaclastesChapitre 9 sur 10 · Scène I

Scène I

ROUGET, PET-SEC, PIGEAUX, NEZ-DE-TABAC, POMPIERS.

CHŒUR DES POMPIERS

Rouget, ton Antlium géant
Se dresse en cette place
Où l’Antlium n’est pas, là n’est que le néant.
Non, rien ne le surpasse !
Gloire à Rouget !
À Rouget qui créa ce gigantesque objet !
Gloire à Rouget !

ROUGET

Allons ! Qu’on s’apprête !
Pompiers, en ces lieux
Faisons une fête
Pour célébrer cet Antle merveilleux !

CHŒUR

Non, nous n’en croyons pas nos yeux !
Pompiers, sous cette plate-forme
Élevée au-dessus du terrain de cent pieds
Est une pompe énorme !
Gloire à Rouget, pompiers !

ROUGET

Amis, depuis dix ans, depuis la mort du traître,
La Pompe a prospéré.

Voilà cet Antlium ! Antlium que j’aurai
Créé, moi, votre maître !
Pompiers, le sort aura couronné nos efforts :
Les Antliaclastes sont morts !
Sicca l’Antliaclaste est là, dans la poussière !
Sicca l’Antliaclaste est là, dans une bière
Depuis dix ans cloué.
Sous cette pompe qui s’élève,
Sous l’Antle qui pompe sans trêve,
Gît Sicca, par les vers troué !

NEZ-DE-TABAC

Pardonnez, Grand Rouget, peut-être je me trompe ;
Mais quand Sicca fut massacré
À coups de haches et de pompe,
Qu’est devenu celui qui nous l’avait livré ?

ROUGET

Je l’ignore.

PET-SEC

Je l’ignore. J’ai cru voir se glisser dans l’ombre
Un homme masqué. Mais je n’en suis pas bien sûr,
Parce qu’il faisait déjà sombre,
Et qu’auprès de la porte est un recoin obscur.

ROUGET

Au fait, que nous importe ? En dix ans…

PIGEAUX

Au fait, que nous importe ? En dix ans…Et la fête ?…

ROUGET

Continuons. C’est vrai. J’ai dit que l’on s’apprête,
Et pas un de vous tous ne s’en est dérangé.

CHŒUR

Gloire à Rouget !
Il ajoute à sa gloire
Un Antle merveilleux
Dont éternellement durera la mémoire !
Un Antle de cent pieds, qui se perd dans les cieux !
Le grand Rouget sera célèbre dans l’histoire !

ROUGET

Amis, un grand festin par moi vous est promis.
Sur cette plate-forme,
Sur cette pompe énorme,
On va servir un plat digne de mes amis.
Je l’ai fait faire exprès. — Mais avant, qu’on commence
Par dresser une table et par faire silence.
— Non, pourtant : ce jour veut un peu de licence.
Chœur, allez.

CHŒUR

Gloire à l’Antle immense
Et gloire à Rouget !
Allons ! qu’on commence !
Chantons, la bombance
En donne sujet.
Mais pour pomper l’on a bien plus d’intelligence
Quand on a mangé.

ROUGET

C’est juste. Servez.

CHŒUR

C’est juste. Servez.nGloire au grand Rouget !

(Deux pompiers mettent le couvert.)

CHŒUR

Gloire à l’Antle immense
Et gloire à Rouget !
Allons ! qu’on commence !
Chantons ! la bombance
En donne sujet !

(Un homme, la figure voilée, montre la tête et les bras au-dessus du parapet et pose un paquet long à terre.)

ROUGET, (apercevant le paquet)

Qu’est-ce ?

PIGEAUX

Qu’est-ce ? Je n’ai rien vu.

NEZ-DE-TABAC

Qu’est-ce ? Je n’ai rien vu. Messieurs, cela doit-être
Le plat par Rouget commandé ;
Mais, pour qui l’apporta, je ne puis le connaître,
Car je n’ai pas regardé.

ROUGET

PET-SEC

Moi, je ne l’ai pas vu ; mais ce doit être bon,
Rien que d’y penser, j’en pleure.

PIGEAUX

A-t-on, vu ce Pet-Sec ! Pleurer pour du bonbon !

PET-SEC

Dis donc, sais-tu quand se mouche Roupie ?
Eh bien ! C’est quand à son nez pend son effigie.

NEZ-DE-TABAC

Quels discours indé…cis chez ces jeunes pompiers !
Au lieu de troubler par vos propos cette fête,
Vous devriez baisser la tête
Et regarder vos pieds.

(Rouget se met en devoir d’ouvrir le paquet. Tous se mettent à table.)

CHŒUR

Gloire à Rouget, pompeur illustre !
Pompier de qui Lorient s’illustre !
Auteur d’un magnifique objet !
Gloire à Rouget ! Gloire à Rouget !
Gloire à Rouget !

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