‹ Les Assises de la Cité prochaineChapitre 4 sur 5 · iv

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Cette aviation intellectuelle susceptible d’une gradation si nuancée, l’université populaire peut y participer. Ce survolement du domaine de la connaissance, ses auditeurs peuvent y prétendre, Les règlements que nous avons préparés y ont pourvu ; ils sont stricts, sévères même. Il faudra empêcher l’institution de dévier ; elle doit garder quelque intransigeance hautaine pour demeurer uniquement pédagogique. À cette condition, elle sera vraiment une des assises de la cité prochaine.

Le temps est court pour expliquer ces choses. Je veux tenter de les illustrer par un exemple. Prenons l’histoire qui me concerne plus particulièrement. L’Union pédagogique lui fait une place considérable dans ses préoccupations mais à l’Histoire universelle préalable. La réforme des études historiques se synthétise pour elle en une formule qui sans doute a déjà passé sous vos yeux mais dont la valeur a pu vous échapper. La correspondance Havas la reproduisait encore ces jours derniers à propos d’une lettre dans laquelle j’avais prié M. le président Hymans d’en vouloir bien saisir ses collègues de l’Assemblée de Genève :

« Tout enseignement historique fragmentaire est rendu stérile par l’absence d’une connaissance préalable de l’ensemble des annales humaines : ainsi l’habitude des fausses proportions de temps et d’espace s’introduit dans l’esprit et y demeure. En conséquence, l’histoire d’une nation et celle d’une période ne peuvent être utilement enseignées que si elles ont été préalablement situées dans le tableau général des siècles historiques. »

Qu’un pareil principe ait rencontré la coalition des préjugés courants inspirés par la routine et des intérêts professionnels, il n’y a pas lieu d’en être surpris. L’opposition jusqu’ici a été plus sournoise que déclarée. Le bon-sens et la loyauté finiront par en avoir raison.

Qu’a-t-on objecté ? que certains nationalismes à tendances aggressives s’en verraient émoussés. Cela on le pense et c’est exact ; mais on n’a pas osé le dire. On a plutôt argué d’une prétendue incapacité de l’adulte non cultivé où de l’adolescent à pouvoir saisir les ensembles. Il lui faudrait toujours s’élever du particulier au général ; vieille querelle de mots que la mordante ironie d’un Toppfer s’amusait déjà à ridiculiser. Et pourquoi cette incapacité ? Sur quoi la base-t-on ? Elle n’est pas logique et de plus, elle n’est pas exacte. En ce qui concerne des auditoires ouvriers, l’expérience a été faite. Elle va l’être sur des auditoires scolaires.

Ce que nous proposons pour l’histoire, nous le proposons pour d’autres sujets ou comme on dit aujourd’hui, non sans cette petite pédanterie dont souffre souvent le style, pour d’autres disciplines : les anciennes comme la philosophie ou les nouvelles comme la biologie. Pour toutes, les cadres d’enseignement ont été dressés dans ce même esprit que définit la charte générale de l’U.P.U. en son article 3 ainsi conçu : « la notion de la connaissance doit être distinguée de la connaissance elle-même, cette dernière pouvant être en quelque sorte inventoriée (c’est-à-dire définie ou cadastrée) sans qu’on en pénètre la substance ». Ce qui signifie que l’on peut faire comprendre même à des incultes en quoi consistent tels ordres de phénomènes ou de spéculations sans qu’ils aient besoin pour cela d’apprendre à en utiliser eux-mêmes le mécanisme.

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