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Poésies chinoises · La Fille soldat

OU LA FILLE SOLDAT.

Mou-lân est le nom d’une jeune fille qui, voyant son père malade et hors d’état de répondre à la conscription, s’enrôla pour lui, et servit, sans être reconnue, pendant douze ans.

Cette romance, que quelques personnes attribuent à Mou-lân elle-même, a été composée sous la dynastie des Liang, qui ont régné de 502 à 556. Elle est tirée du Supplément de l’Anthologie chinoise, en huit volumes, intitulée Thang-chi, c’est-à-dire Vers de la dynastie des Thang, sous laquelle fleurirent, de 618 à 907, les poètes les plus célèbres de la Chine.

ROMANCE.

Tsi-tsi, puis encore tsi-tsi. | Moulân tisse devant sa porte. | On n’entend pas le bruit de la navette ; | on entend seulement les soupirs de la jeune fille.

— « Jeune fille, à quoi songes-tu ? | Jeune fille à quoi réfléchis-tu ? — La jeune fille ne songe à rien, | la jeune fille ne réfléchit à rien. »

» Hier j’ai vu le livre d’enrôlement : | l’empereur lève une armée nombreuse. | Le livre d’enrôlement a douze chapitres : | dans chaque chapitre, j’ai vu le nom de mon père !

| Ô mon père, vous n’avez point de grand

fils ! | Ô Mou-làn, tu n’as point de frère aîné !

| Je veux aller au marché pour acheter une

selle et un cheval ; | je veux, dès ce pas, aller servir pour mon père. »

Au marché de l’orient, elle achète un cheval rapide ; | au marché de l’occident, elle achète une selle et une housse ; | au marché du midi, elle achète un long fouet.

Le matin, elle dit adieu à son père et à sa mère ; | le soir, elle passe la nuit sur le bord du fleuve Jaune. | Elle n’entend plus le père et la mère qui appellent leur fille ; | elle entend seulement le sourd murmure des eaux du fleuve Jaune. | Le matin, elle part et dit adieu au fleuve Jaune. | Le soir, elle arrive à la source de la rivière Noire. | Elle n’entend plus le père et la mère qui appellent leur fille ; | elle entend seulement les sauvages cavaliers de Yen-chan.

— « J’ai parcouru dix mille milles en combattant ; | j’ai franchi avec la vitesse de l’oiseau les montagnes et les défilés. | Le vent du nord apportait à mon oreille les sons de la clochette nocturne ; | la lune répandait sur mes vêtements de fer, sa froide et morne clarté. »

Le général est mort après cent combats. | Le brave guerrier revient après dix ans d’absence.

| À son retour, il va voir l’empereur. | Tantôt

il accorde une des douze dignités, | tantôt il distribue cent ou mille onces d’argent. — L’empereur me demande ce que je désire. — « Mou-làn ne veut ni charge ni argent. | Prêtez-lui un de ces chameaux qui font mille milles en un jour, | pour qu’il ramène un enfant sous le toit paternel. »

Dès que le père et la mère ont appris le retour de leur fille, | Ils sortent de la ville et vont au-devant d’elle. | Dès que les sœurs cadettes ont appris le retour de leur sœur aînée, | elles quittent leur chambre, parées des plus riches atours. | Dès que le jeune frère apprend le retour de sa sœur, | il court aiguiser un couteau pour tuer un mouton.

— « Ma mère m’ouvre le pavillon de l’orient, | et me fait reposer sur un siège tourné à l’occident. | Elle m’ôte mon costume guerrier et me revêt de mes anciens habits. | Mes sœurs, arrêtées devant la porte, ajustent leur brillante coiffure, | et enlacent des fleurs d’or dans leurs cheveux. »

Mou-lân sort de sa chambre et va voir ses compagnons d’armes ; | ses compagnons d’armes sont frappés de stupeur. | Pendant douze ans, elle a marché dans leurs rangs, et ils ne se sont point aperçus que Mou-lân fût une fille.

On reconnaît le lièvre qui trébuche en courant ; | on reconnaît sa compagne à ses yeux effarés ; | mais quand ils trottent côte à côte, qui pourrait distinguer leur sexe ?

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