‹ Les aventures de Todd Marvel, détective milliardaire Tome IIChapitre 36 sur 37 · Chapitre 3 Un accident mortel

Chapitre 3 Un accident mortel

Le milliardaire en regagnant son auto retrouva Floridor et le fidèle Auguste qui l’attendaient impatiemment.
— Nous avons été très inquiets pendant votre absence, expliqua le Canadien, nous avons vu sortir de la maison où vous veniez d’entrer, une vieille gitane, d’allure très suspecte. Après avoir jeté sur nous un coup d’œil méfiant, elle a pris sa course à travers le bois et Auguste, qui s’était élancé à sa poursuite, n’a pu la rejoindre.

« En revenant, il a découvert sous un buisson les haillons de couleur voyante dont était vêtue la prétendue bohémienne.

« Je ne serais nullement surpris que nous ayons eu affaire à Dadd lui-même.

— Tu ne t’es pas trompé, répondit Todd Marvel. J’ai reconnu, moi aussi, le jeune bandit, qui, précisément, est doué du génie des déguisements, mais il était trop tard pour le rattraper.

— Nous étions très alarmés, dit Auguste à son tour, quand nous avons vu cette hideuse vieille sortir de la maison où vous vous trouviez. Si votre absence s’était prolongée dix minutes de plus, nous serions entrés pour voir ce que vous étiez devenu.

— Rassurez-vous, il ne m’est rien advenu de fâcheux, bien au contraire. J’ai appris beaucoup de choses intéressantes et je crois que nous ne sommes pas loin de toucher au but.

Et pendant que l’auto roulait lentement sous les beaux ombrages du bois de Vincennes, le milliardaire mit ses deux dévoués collaborateurs au courant des révélations qui venaient de lui être faites.

— Gardons-nous l’auto jusqu’à Ville-d’Avray ? demanda le Canadien.

— Non, répondit Todd Marvel après un moment de réflexion. J’ai des raisons pour prendre le métro, comme nous l’avons fait en venant. L’auto nous reprendra à la station des Tuileries.

Tous trois quittèrent la voiture à la porte de Vincennes et prirent place dans un compartiment de première.

À la station de la Nation, ils descendirent, et attendirent le train suivant, afin de dépister les espions, d’après la méthode ingénieuse préconisée par Auguste.

À la Bastille, une foule énorme se précipita dans les compartiments, c’était l’heure de la sortie des ateliers et les wagons étaient littéralement pris d’assaut. Des groupes d’hommes, les poings crispés, se suspendaient désespérément en dehors des portières aux rampes de cuivre.

— Quelle effroyable cohue ! murmura le milliardaire, je m’étonne, que dans cette foule, si brutalement empilée dans un étroit espace, il ne se produise pas plus d’accidents.

Comme pour donner raison à Todd Marvel, une véritable bagarre eut lieu dans la voiture de seconde qui précédait celle où se trouvaient le milliardaire et ses deux amis.

Quelques voyageurs robustes et brutaux se faisaient place sauvagement aux dépens des plus faibles. Il y eut des jurons, de petits cris de femmes et d’enfants, à demi écrasés par la terrible poussée. La mêlée petit à petit était devenue générale et les employés étaient complètement impuissants à ramener le calme.

Le train n’était qu’à peu de distance de la station de Saint-Paul, quand un effroyable hurlement domina un instant tous les bruits du tunnel.

Sous la poussée des voyageurs empilés à l’intérieur, un des hommes cramponnés aux barres de cuivre, venait de lâcher prise et avait roulé sur les rails.

Le malheureux dans la même minute fut broyé par un autre train qui arrivait en sens inverse.

Un cri d’horreur s’échappa des mille poitrines de la foule des voyageurs, subitement devenus immobiles, figés d’épouvante.

Le convoi entrait en gare.

Pendant que des hommes d’équipe se hâtaient d’emporter sur un brancard recouvert d’une bâche les débris sanglants, et de faire disparaître les traces du terrible accident… Todd Marvel s’était empressé de descendre.

Il avait besoin de respirer le grand air, et de marcher, de dissiper l’atroce sensation qui venait de lui briser les nerfs.

Quelques heures plus tard, en ouvrant un journal du soir, il eut la surprise de lire l’entrefilet suivant :

« Un voyageur a été écrasé hier après-midi, vers seize heures, entre les stations de la Bastille et Saint-Paul. Bien que le corps fût horriblement mutilé, il a pu être identifié, grâce aux papiers trouvés dans les vêtements et grâce aussi à certains témoignages.

« Le défunt n’est autre qu’un célèbre bandit américain, le fameux docteur Klaus Kristian, dont le nom de l’autre côté de l’Atlantique est presque légendaire.

« Auteur de vols audacieux, riche disait-on de dix millions de dollars, plusieurs fois condamné à mort, Klaus Kristian avait toujours réussi à s’évader. Il meurt victime d’un accident banal au moment où il se disposait sans doute à exercer aux dépens des Parisiens ses criminels talents.

« Klaus Kristian a été formellement reconnu par divers membres de la colonie américaine.

« Nous apprenons en dernière heure, que, d’après certains on-dit, la mort de Klaus Kristian ne serait pas purement accidentelle.

« Affilié à plusieurs sociétés secrètes américaines qui lui avaient confié des sommes considérables, il aurait pris la fuite avec l’argent et c’est en châtiment de cette indélicatesse qu’il aurait été immolé par quelques affiliés de la Main Rouge ou du Ku Klux Klan.

Après cette lecture, Todd Marvel, demeura longtemps absorbé dans ses pensées. Une main plus puissante que la sienne s’était chargée de châtier le criminel. Lui disparu, les comparses auxquels il communiquait la flamme de son génie redevenaient de quelconques malfaiteurs et ne tarderaient pas à tomber dans les mains de la police.

Quelques jours plus tard, le même journal, qui avait raconté dans les termes que nous venons de reproduire, l’horrible fin du bandit, annonçait en bonne place, le très prochain mariage du célèbre détective milliardaire Todd Marvel et d’une jeune héritière californienne, Miss Elsie Godescal, aussi opulente que belle.

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