‹ Les aventures du jeune Comte Potowski, Vol. 2 (of 2) Un roman de coeœur par Marat, l'ami du peupleChapitre 31 sur 39 · LXXIX

LXXIX

GUSTAVE A LUCILE.

Pourquoi faut-il que les soins de ton amour me soient plus cruels que ne pourraient l'être ceux de la haine? Tu brises les doux noeuds qui allaient nous unir, crainte que je ne sache apprécier ta tendresse.

Mais, dis-moi, fille bizarre, quel trésor dans l'univers pourrait jamais être le prix de ton coeur!

Non, ma Lucile, je ne veux pas que la fortune me vende si cher ses faveurs. Que plutôt elle reprenne ses dons funestes, s'ils doivent m'ôter l'espérance de te posséder.

Dès cet instant, je renonce aux richesses, aux titres, aux dignités: l'éclat d'une couronne même pourrait-il être balancé dans mon coeur avec le malheur de te perdre?

Avec toi une cabane aura pour moi des charmes! je ferai mes délices des occupations d'une vie obscure. Compagnon assidu de tous tes pas, tu adouciras mes travaux, je partagerai tes plaisirs. Viens, ma Lucile, viens, retirons-nous sous une humble chaumière.

Assez riche de ton amour, je saurai montrer au monde que l'univers n'est rien pour moi sans le bonheur de te posséder.

De la rue Neuve, le 19 novembre 1770.