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À Mademoiselle E. R.
(1 Novembre, — 1864.)
C’est l’hiver, douze pieds de neige
Encombrent le chemin du Roi,
Mon cheval se livre au manège,
L’attelage est en désarroi.
C’est le temps des plaisirs, des fêtes,
Ma blonde m’attend au hameau ;
J’aurais dû prendre mes raquettes,
Mais, quand je suis parti, le ciel était si beau !
On dit que l’amour a des ailes,
J’en doute, car je suis mal pris ;
Peut-être à des vœux infidèles
Mon retard ajoute du prix.
Croirai-je aux faciles conquêtes ?
Hélas ! l’amour est un fardeau !
J’aurais dû prendre mes raquettes,
Mais, quand je suis parti, le ciel était si beau !
À mon aurore dans la vie,
Tout n’était que chemins de fleurs.
Ô premiers ans ! je vous envie
Jeux sans fin et courtes douleurs !
L’avenir, chargé de tempêtes,
Me tend maint obstacle nouveau… !
J’aurais dû prendre mes raquettes,
Mais, quand je suis parti, le ciel était si beau !
Mais non ! je crois à la constance,
Je crois même aux serments d’amour.
Si je fais rude pénitence,
J’aurai le bonheur à mon tour.
Eh ! que vois-je ? — Deux jeunes têtes,…
C’est Elle et sa sœur, en traîneau !
Qu’avais-je à parler de raquettes ?
Ma blonde vient vers moi, le ciel est toujours beau !