‹ Les chats: Histoire; Moeurs; Observations; Anecdotes.Chapitre 35 sur 40 · X.

X.

INSTINCT MATERNEL CHEZ LES CHATTES.

M. Charles Asselineau, me sachant occupé d'un travail sur les chats, m'envoie l'observation suivante:

«Ma chatte fait ses petits à la campagne. Je lui en laisse un pour empêcher que son lait ne lui monte à la tête, & je donne l'autre à ma blanchisseuse.

«Pendant une des nuits suivantes, toute la maison est éveillée par des lamentations de jeunes chats à fendre l'âme. Il pleuvait à torrents.

«La jardinière, qui a le cœur tendre, se lève & trouve le petit chat à moitié noyé, transi, mourant. Elle le prend, l'emporte, &, pour le réchauffer, le couche à côté d'elle dans son lit.

«Le lendemain matin, on présente le petit à sa mère. Il se jette sur elle en affamé & essaye de se coucher sous son ventre pour teter; mais la chatte le repousse énergiquement, se hérisse, jure & montre les griffes. Vingt fois on renouvelle la tentative avec le même succès.

«Nous voilà tous scandalisés, indignés contre cette marâtre, qui ne reconnaissait plus son fruit après deux jours de séparation. Mes nièces en pleuraient: «Oh! la vilaine, la mauvaise mère!»

«On se décide enfin à reporter le petit chat chez la blanchisseuse en la grondant fortement de sa barbarie de mettre un nouveau-né à la porte par un temps pareil, & que trouve-t-on? Le vrai chaton moelleusement couché sur un coussin avec une soucoupe de lait à sa portée.

«Nous avions donc calomnié la mère. Son instinct avait été plus clairvoyant que nos yeux. Elle avait du premier coup reconnu que l'enfant qu'on lui présentait n'était pas le sien & l'avait repoussé pour ne pas faire de tort à son nourrisson.--N'est-ce pas là une belle histoire de chatte?[40]»

[Note 40: Nombre d'autres observations m'ont été communiquées pendant l'impression du présent livre, mais, venues trop tard, elles eussent dérangé le plan; malgré les divisions les plus capricieuses en apparence de toute œuvre d'art, l'écrivain doit se tenir en garde contre les rallonges.]