7
Verchères et le père Gradier s’avançaient au petit trot de leurs chevaux dans la plaine.
Le ranch d’Alain et de Slime était sis au pied des canyons volcaniques.
— WHOA, dit soudain Alain.
Il sauta de cheval.
Le chef freina sa monture à son tour :
— Whoa…
Tout de suite, il demanda :
— Qu’y a-t-il ?
— Une couple de cents bêtes à cornes ont passé par ici, venant directement de mon ranch.
— Y a-t-il des traces de fers à chevaux ?
— Oui.
— Alors il n’y a pas de doute possible. Des voleurs d’animaux opèrent dans les canyons…
Verchères mâchouilla :
— Ce sont des membres des chevaliers de la nuit sans aucun doute… Ouais… ouais, très intéressant… Je crois que je commence à comprendre…
— Quoi ?
— Écoutez, Gradier, nous allons suivre les pistes…
Ils firent ça.
Approchant…
Approchant du rocher du premier canyon.
Les pistes se rétrécissaient peu à peu…
Pour se terminer près du gros rocher.
Du rocher solide.
Nu.
Immuable !
Verchères s’écria :
— Ça parle au diable !
Àce moment une balle siffla à leurs oreilles et ils entendirent presqu’aussitôt le bruit de la détonation.
D’un mouvement brusque, ils se jetèrent à plats ventres dans la brousse.
Baptiste leva les yeux en l’air :
— Vite, Gradier, regardez les grives qui s’enfuient ; elles viennent de nous désigner par leur affolement l’endroit où se cache le franc-tireur.
Il ajouta :
— Surveillons.
Ce ne fut pas long.
Non.
Ils furent vite récompensés de leur vigilance.
Un énorme chapeau de cowboy parut au-dessus de la brousse…
Baptiste tira.
Le chapeau tomba traversé d’une balle…
Un long silence…
Puis les sabots d’un cheval bruitèrent rapidement.
— Le gas s’enfuit, dit Gradier. Nous lui courons sus ?
— Non, non, j’ai une idée.
« Suivez-moi ».
Ils se dirigèrent vers l’endroit d’où les oiseaux s’étaient envolés de peur.
Le chenapan avait été trop pressé pour récupérer son chapeau.
Verchères s’en empara.
— Voulez-vous tenir ce couvre-chef pour quelques instants, Gradier ?
Le chef sortit un carnet de sa poche, en déchira une petite feuille et écrivit :
« Ceci est le chapeau du gas qui a tiré sur nous.
J. B. Verchères ».
— Maintenant, signez vous aussi.
Gradier s’exécuta.
Alors J. B. plia le papier en deux et le plaça sous la bande intérieure du chapeau.
Le rancher le regardait faire, médusé :
— C’est que je ne comprends rien.
— Laissez faire. Je gage que ce chapeau va faire pendre un homme.
Le chef reprit tout de suite après :
— Je pars avec le chapeau.
— Où allez-vous ?
— Ça, c’est mon secret…
— Vous allez revenir ?
— Oh oui.
— Quand ?
— Dans une heure tout au plus.