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Les haltes

I
LE MATIN
Après la nuit légère et le repas frugal,
En route ! sur le flanc du sentier inégal.
Mais dès qu’illuminant les sombres fronts de pierre,
Le ciel avec splendeur soulève sa paupière,
Et fait briller au feu de son regard hautain
La vallée indécise où flotte le matin,
Arrêtons-nous, c’est l’heure ; et n’ayons de pensée
Que pour suivre l’essor de l’œuvre commencée :
Car c’est le clair réveil et la chanson d’amour
Et le mélodieux enfantement du jour !

II
MIDI
Le long des rochers nus que blanchit le soleil,
Quand l’astre, au fond de l’air, magnifique et vermeil,
Échauffant les parfums dont les herbes sont pleines,
Pour la fête du soir prépare leurs haleines,
Et sous le radieux baiser qu’il méditait
Fait concevoir la terre ardente, qui se tait ;
Sur ces monts où l’éclat de sa gloire est à l’aise,
Il est délicieux de trouver un mélèze
Avec son tapis d’ombre et son faîte odorant,
Et, là, de se laisser tomber en s’étirant
Sur le bord du chemin qui fuit dans la lumière.
Un pâtre le descend. Il porte à la première
Auberge où l’on rencontre un gîte pour la nuit,
Sa jarre où le lait saute et fait un peu de bruit.
Il marche, être pensif, près d’une cavalcade :
Un hidalgo, grotesque et lourd comme un alcade,
Les guides, fouet en main et des fleurs au chapeau ;
Puis un tout petit pied, passant comme un appeau

Sous la robe flottante et longue d’amazone ;
Et, sur un cou flexible, une tête mignonne
De jeune fille, rose et pleine de clarté.
L’aimable vision passe dans sa beauté,
Me laissant à l’esprit l’impression reçue
Et comme le parfum de la femme aperçue.
Que n’est-ce toi, ma chère, avec tes petits cris,
Et tes grandes frayeurs apprises à Paris !
Avec tes bonds sans nombre et ta moue enfantine,
Pour demander, du bout de ta lèvre mutine
Qu’épanouit l’éveil d’un caprice gourmand,
Au montagnard hâlé qui parle l’allemand :
« Est-ce que c’est du lait, brave homme ? » et pour bien rire
De son air qui s’étonne et vaguement admire
Mes gestes expressifs, et ce qu’on lui voulait,
Et ta bouche qui rit toute blanche de lait.
III
LE SOIR
Le soir charmant qui fait rêver toutes les choses
Tombe dans les vallons du haut des Alpes roses.
Le ciel, rouge au couchant, à l’orient est bleu.

Comme les cordes d’or d’une lyre de feu,
Les rayons du soleil oblique qui s’efface
Semblent devant nos yeux frissonner dans l’espace,
Et, sous des doigts cachés, conduire le concert
Qui remplit le grand bois harmonieux et vert ;
Car toute plainte expire et toute voix méchante
Se tait, lorsque le soir mélancolique chante.
L’auberge n’est pas loin. Courage ! levons-nous,
La fatigue fut rude, et le lit sera doux !
Allons, voici le gîte et le bout de la route
Que l’on souhaite avec transport, et dont on doute.
Et qu’on gagne en tirant le pied comme un blessé.
Voici l’hôtel ainsi qu’un rêve caressé ;
Les guides conduisant leur bête à l’écurie,
Notre hôte, souriant et la mine fleurie ;
Et, cherchant affamés la table du festin,
Des amis que l’on a rencontrés le matin.

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