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Les avalanches

À Catulle Mendès

I
Dans la sérénité lointaine de l’azur
L’immortelle blancheur des neiges étincelle,
Magnifique et sculptée ainsi qu’un marbre pur.
Sur le fond d’or uni qu’aucun brouillard ne cèle,
Les angles sveltes ont la grâce des rondeurs,
Quand parmi les glaciers midi brûlant ruisselle.
Azur ! sublimité des calmes profondeurs !
L’aigle seul, qui veut l’air immense pour domaine,
Y plane, l’œil fixé sur toutes les splendeurs.
En vain son vol altier tente l’audace humaine :
Vers les obscurs sommets des pics éblouissants
Aucun pas ne parvient, aucun chemin ne mène.
On dirait que la terre a sur ses reins puissants,
Au sortir du chaos, secoué cette écume
Immobile malgré ses contours frémissants.

Rien ne résonne et rien ne bouge, quand la brume
Pose au front des rochers sa couronne d’argent,
Ni lorsque le matin splendide les allume ;
Et lorsque derrière eux le soleil en plongeant
Voluptueusement baigne d’un rose tendre
Les montagnes qui vont, plus vagues, s’allongeant,
Il semble que le bruit n’en puisse pas descendre.
II
L’avalanche, tonnant lumineuse du haut
De la pente que l’œil avec peine escalade,
A l’air de la vouloir franchir toute d’un saut.
Bondissante, elle écume, et c’est une cascade
Qui semble, échevelée au dos du rocher noir,
La crinière de lait d’un coursier de ballade,
Sinistre et cependant superbe, sans pouvoir
S’arrêter, elle heurte avec un choc énorme
Les abîmes lointains que l’on a peine à voir.
L’avalanche descend, collée au roc difforme
Qui la chasse et la pousse avec effarement
Sans que l’élan faiblisse, ou que le bruit s’endorme.

La foudre ne fait pas plus souverainement,
À travers le repos silencieux des choses,
Entendre la terreur de son déchaînement.
Et les glaciers aigus, les pics sereins et roses
Conservent, par-dessus l’impétueux conflit,
L’inflexibilité sévère de leurs poses.
Elle roule. La courbe exacte que polit
La main des ciseleurs de marbres est moins belle,
Et devant sa blancheur toute blancheur pâlit.
Et puis, comme s’endort enfin la mer rebelle,
La neige avec le bruit s’apaise, et vient mourir
Sur la moraine morne où son flot s’amoncelle.
Les derniers soubresauts de l’élan font courir
Comme un frisson le long de la nappe, tombée
Jusqu’au pied des gazons qui viennent de fleurir ;
Et les grands bœufs, songeurs dont la tête est courbée,
Près des chalets qu’un jour d’orage écrasera,
Meuvent insoucieux leur échine bombée.
Le ciel est bleu, les fleurs vives. On ne verra
Rien qu’un peu plus de neige arrêtée et penchante
Sur le mont dont l’horreur un instant s’éclaira ;
Et l’on entend passer un montagnard qui chante.

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