Les villages
Lombardie.
I
De Côme à Lugano de radieux villages
Embellissent la route, et sortent des feuillages,
Curieux de vous voir, ne vous connaissant pas.
Le premier suffirait à suspendre vos pas :
Un nom sonnant si doux qu’il sied mal à la prose ;
Les cyprès au milieu des plants de laurier-rose,
Des toits échelonnés qui grimpent au soleil,
Une femme qui rit ; et, près du seuil vermeil,
Sous le baiser du vent qui rhythme des andantes,
Les ceps noueux et longs et les vignes pendantes.
II
Valteline
Le long du cours rapide et souple de l’Adda,
L’étroit chemin, miné par l’eau qui déborda,
Poudroyait. Le ciel lourd n’avait pas une haleine.
La chaleur allongeait sans fin la longue plaine,
Et les chevaux faisaient un bruit assoupissant.
De temps en temps un coup de fouet retentissant
Secouait la torpeur molle et mélancolique.
La roue ardente, avec une odeur métallique,
Soulevant la poussière et criant sur l’essieu,
Entraînait la voiture agile dans un lieu
Inattendu, charmant, ayant l’air d’une ville.
Or, voici l’arrivée ! et la façon civile
Des mendiants coiffés du feutre italien ;
L’empressement naïf et gai qui ne fait rien,
La voiture emplissant seule toute la rue,
Toute une maisonnée à la porte accourue
Comme en un cas pareil cela se fait chez nous,
Mais avec les lenteurs que donne un ciel plus doux ;
Et paraissant quitter un trône qu’on assiége,
Le cocher fièrement descendant de son siége.
Ôles hameaux épars qui ne sont pas marqués
Sur la carte, et leurs clairs ruisseaux bleus, dont les quais
Sont les jardins confus et les vieux murs de pierre
Corrigeant leur couleur trop crue avec du lierre !
Les berceaux pour le jour et le soir sans pareil,
Les tuiles sans lichen peintes par le soleil,
Les seuils vous envoyant de franches bienvenues,
Les souvenirs qu’on trouve aux choses inconnues,
La vague illusion des sites familiers,
Et la chapelle blanche au bout des peupliers !