Billet
À Alphonse H.
Hier le vent jetait la pluie
Plein les arbres noirs qui pliaient,
Et des voix plaintives criaient
Sous le ciel froid, couleur de suie.
La rafale geignait dans l’air
Comme un enfant méchant qui pleure.
Puis le soir vint, et ce fut l’heure
D’aller te voir, compagnon cher.
La nuit hurlait comme une folle.
Mon feu dardait comme un lutin.
Je savourais l’hiver lointain,
Cœur mou, dans une chaise molle.
J’ouvris un livre, un vieil ami,
Un poète, un doux charmeur d’âmes ;
Longtemps ensemble nous causâmes :
J’oubliai Rodolphe et Mimi…
Et qu’il est malplaisant d’attendre,
Et que le temps peut sembler long
Même à caresser le flot blond
Des cheveux aux reflets de cendre.
Donc j’eus tort, donc il me fallait
Affronter la pluie et la boue,
Et laisser le vent sur ma joue
S’abattre vif comme un soufflet.
Donc il fallait, l’heure venue,
D’un pied stoïque, sans ennui,
Aller et te dire : « Celui
« Qui va s’enrhumer te salue. »