À Jules Tavernier
À Jules Tavernier
Ce matin le printemps surpris
D’être dépêché sur Paris
Bien avant l’heure accoutumée,
Sans escorte, sans son collier
Fait d’émeraude parfumée,
S’est conduit comme un écolier.
D’abord il a mis dans les branches
Des becs rosés, des ailes blanches
Comme en avril. Les becs rosés,
Les ailes blanches entrelacent
La douce chaîne des baisers
Aux regards des vierges qui passent.
En sifflant des couplets moqueurs
Il est descendu dans nos cœurs
Sur ses ailes de cantharide.
Une jeune fille en passant
M’a laissé, d’un air innocent,
Voir que sa lèvre était humide.
L’air avait des zéphyrs malins
Qui dénouaient vers les moulins
Pêle-mêle bonnets et tresses…
Pour les jupes quel embarras !
— Le soleil vous mettait aux bras
La sainte force des caresses.
Un vieillard dégustait gaîment,
Sans le macher, en vrai gourmand,
Le sel d’une chanson gauloise ;
Et l’âcre brise qui soufflait
Allumait sa face, grivoise
À valoir encor le soufflet.
Et moi, dont la marche est austère,
Je sentais frétiller la terre
Sous mes pieds émus et dansants,
Et j’osai former, dans la rue,
Les pas suaves et décents
D’une danse douce et congrue.