‹ Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. MoreauChapitre 20 sur 322 · XIX

XIX

Équité et charité de saint Augustin dans le jugement des procès.

«Quelqu’un parmi vous, dit l’Apôtre, ayant un différend avec un autre fidèle, ose-t-il bien plaider devant des hommes injustes et non devant les saints? Ne savez-vous pas que les saints jugeront ce monde? Et si vous êtes les juges du monde, êtes-vous indignes de juger les moindres choses? Ne savez-vous pas que nous serons les juges des anges mêmes? Combien plus le serons-nous des choses du siècle! Si donc vous avez entre vous des différends temporels, prenez pour juges les moindres membres de l’Église. Je vous le dis pour vous faire honte: est-il possible qu’il ne se trouve point parmi vous un seul homme sage qui puisse être juge entre ses frères? Mais un frère plaide contre son frère, et cela devant les infidèles[24]»! Or, quand saint Augustin était prié par des chrétiens ou par des hommes appartenant une secte quelle qu’elle fût, il écoutait l’affaire avec attention et piété, ayant en même temps devant les yeux ce qu’un autre avait dit à ce sujet: qu’il aimait mieux être juge entre des personnes inconnues qu’entre ses amis, parce qu’entre les premiers, celui en faveur de qui la justice l’obligeait de prononcer pouvait être acquis à son amitié, au lieu que, jugeant entre ses amis, il était en danger de perdre celui qu’il condamnait. Il siégeait souvent ainsi jusqu’à l’heure de son repas; et lorsqu’il jeûnait le jour entier, il donnait tout ce temps à écouter ces sortes d’affaires et à les vider. Et en écoutant les plaideurs, il examinait l’état de leurs âmes, il remarquait le degré où chacun d’eux était avancé dans la foi et dans les bonnes œuvres, et quand il trouvait le moment favorable, il enseignait aux parties la vérité de la loi divine, il la leur inculquait de tout son pouvoir, les exhortant par ses paroles à chercher la vie éternelle. Il ne leur demandait pour prix du temps qu’il leur donnait que cette obéissance et cette charité chrétienne qui est due à Dieu et aux hommes. Mais il reprenait les pécheurs devant tous, afin que les autres eussent de la crainte; et il agissait ainsi, comme la sentinelle du Seigneur commise à la garde de la maison d’Israël, annonçant la parole, pressant les hommes à temps et à contre-temps, reprenant, suppliant, menaçant, toujours plein de patience et de lumières; donnant tous ses soins à former ceux qui étaient capables et à instruire les autres[25]. Souvent, à la prière de plusieurs, il écrivait des lettres relatives à leurs affaires temporelles; et cette occupation était de celles qu’il mettait au nombre des plus pénibles et des plus onéreuses, lui qui n’avait d’autre joie que de parler et de s’entretenir des choses de Dieu dans l’intimité de la vie fraternelle.

[24] I Cor., VI.

[25] I Tim., V; II Tim., IV, 2.

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