XXIX
Dernière maladie de saint Augustin.
Il arriva qu’un jour, étant réunis à table et conversant ensemble, il nous dit: «Écoutez-moi; ce que je demande à Dieu dans cette affliction, c’est qu’il lui plaise de délivrer cette ville des ennemis qui l’assiègent, ou, s’il en a ordonné autrement, qu’il donne à ses serviteurs la force de soutenir le poids de sa volonté, ou du moins qu’il me retire du siècle pour m’appeler à lui». Nous profitâmes de cette parole et de cette instruction, et tous nous nous joignîmes à lui, ainsi que la ville entière, adressant à Dieu les mêmes instances. Et en effet, le troisième mois du siège, il fut pris de la fièvre, obligé de se mettre au lit, et cette dernière maladie ajoutait encore à ses vives souffrances. Dieu ne refusa pas à son serviteur le fruit de sa prière, comme il avait souvent exaucé en d’autres temps les prières et les larmes que le saint avait versées, soit pour lui-même, soit pour la ville. Prêtre et évêque, on vint plus d’une fois lui demander ses prières pour des possédés; j’en ai été témoin; il offrait alors à Dieu ses prières avec ses larmes, et les démons abandonnaient leur proie. Il était à son lit de mort; un homme vint avec son fils malade et le pria d’imposer les mains sur son enfant pour lui rendre la santé. Le saint répondit que s’il avait ce pouvoir de guérir, il eût commencé par lui-même. Mais cet homme lui dit qu’il avait eu une vision dans son sommeil, et qu’il avait entendu cette parole: «Va trouver l’évêque Augustin; qu’il impose les mains, et ton fils sera sauvé». Augustin le fit alors sans différer; et aussitôt, par la grâce du Seigneur, le malade s’en retourna guéri.