‹ Les confessions de saint Augustin, évêque d'Hippone: précédées de sa vie par S. Possidius, évêque de Calame... ; traduction nouvelle par L. MoreauChapitre 37 sur 322 · V

V

Dites à mon âme: «Je suis ton salut».

Qui me donnera de me reposer en vous? Qui vous fera descendre en mon cœur? Quand trouverai-je l’oubli de mes maux dans l’ivresse de votre présence, dans le charme de vos embrassements, ô mon seul bien? Que m’êtes-vous? Par pitié, déliez ma langue! Que vous suis-je moi-même, pour que vous m’ordonniez de vous aimer, et, si je désobéis, que votre colère s’allume contre moi et me menace de grandes misères? N’est-ce donc rien que de ne vous aimer pas? Ah! dites-moi, au nom de vos miséricordes, Seigneur mon Dieu, dites-moi ce que vous m’êtes. Dites à mon âme: «Je suis ton salut». Parlez haut, que j’entende. L’oreille de mon cœur est devant vous, Seigneur; ouvrez-la, et dites à mon âme[64]: «Je suis ton salut». Et je cours après cette voix, et je m’attache à vous! Ne me voilez pas votre face. Que je meure pour la voir! Que je meure pour vivre de sa vue!

[64] Ps. XXXIV, 3.

La maison de mon âme est étroite pour vous recevoir, élargissez-la. Elle tombe en ruines, réparez-la. Çà et là, elle blesse vos yeux, je l’avoue et le sais; mais qui la balayera, à quel autre que vous crierai-je? «Purifiez-moi de mes secrètes souillures, Seigneur, et n’imputez pas celles d’autrui à votre serviteur[65]» Je crois, c’est pourquoi je parle, Seigneur, vous le savez. Ne vous ai-je pas, contre moi-même, accusé mes crimes, ô mon Dieu, et ne m’avez-vous pas remis la malice de mon cœur? Je n’entre point en jugement avec vous qui êtes la vérité. Et je ne veux pas me tromper moi-même, de peur que «mon iniquité ne mente à elle-même[66]». «Non, je ne conteste pas avec vous; «car si vous pesez les iniquités, Seigneur, Seigneur, qui pourra tenir[67]?»

[65] Ps. XVIII, 13, 14.

[66] Ps. XXVI, 12.

[67] Ps. CXXIX, 3.

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