IX
Liaisons funestes.
Quel était donc cet instinct de mon âme? Vil et honteux instinct! Ame misérable, tu t’es livrée à lui! Quel était enfin cet instinct maudit? «Oh! qui peut sonder l’abîme des péchés[81]?» C’était un rire malin qui nous chatouillait le cœur à l’idée de tromper un homme, et de préparer à sa sécurité un fâcheux réveil. Pourquoi donc n’avais-je de plaisir, que précisément parce que je n’étais pas seul? Seul, est-il plus difficile de rire? Il est vrai; et cependant, un homme est seul, et le rire s’empare de lui, si un objet ridicule frappe ses sens ou son esprit. Mais moi je n’eusse rien fait seul; non, seul, je n’eusse rien fait.
[81] Ps. XVIII, 13.
Oui, mon Dieu, voici devant vous la vivante souvenance de mon âme! Seul, je n’eusse pas commis ce larcin, n’en aimant pas l’objet, n’aimant que lui-même. Seul, je n’eusse trouvé aucun plaisir à le faire, je ne l’eusse point fait. O amitié ennemie, séduction de l’esprit, subtile ardeur de nuire inspirée par l’entrain et le jeu, sans cupidité, sans passion vindicative, sur un seul mot: Allons, dérobons! et l’on rougit de rougir encore!