‹ Les cotillons célèbresChapitre 12 sur 15 · X

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LA BELLE GABRIELLE.

Entre tous les noms amoureux et chéris que la tradition s'est plu à entourer d'une poétique auréole, celui de Gabrielle d'Estrées est assurément un des plus populaires.

Cette belle maîtresse du roi de France, cependant, était loin en son temps d'être l'idole de la foule: ses titres, son luxe, son ambition offusquaient les bourgeois. Elle fut marquise d'abord, puis duchesse; ils craignaient de la voir un jour assise sur le trône. Ils lui faisaient un crime de son esprit, de sa beauté même, beauté damnable!

Un Genevois, à Paris depuis la veille, est arrêté un matin aux portes du Louvre par la litière de la belle favorite.

--Quelle est, demande-t-il, cette grande dame si richement parée qu'entoure une si magnifique escorte de seigneurs et de damoiselles?

--Ne faites nulle attention à cela, répond le bourgeois de Paris, et remettez votre chapeau; ce n'est rien qui vaille, c'est la maîtresse du roi.

Il faut dire que les parures de Gabrielle, ses belles robes, ses diamants tiraient les yeux aux femmes des échevins: à chaque cérémonie elles trouvaient amplement matière à la critique.--«Encore un ajustement nouveau!» et aussitôt d'en évaluer le prix.

Le peuple s'obstinait à voir en elle la cause de tous ses maux; «volontiers il l'eût accusée de la dureté des temps ou du manque de récoltes.» On disait qu'elle ruinait son amant et l'empêchait de remplir ses bonnes intentions.--«Sans elle, depuis longtemps, nous tiendrions la poule au pot!»

Le temps a plus fait pour la duchesse de Beaufort que les panégyriques de ses historiens et de ses poëtes, admirateurs de commande. Chaque année a ajouté quelques traits charmants à la légende de ses amours, légende romanesque qui a fini par se substituer à l'histoire, et qui n'est cependant véridique ou menteuse qu'à demi. La popularité de cette femme séduisante a grandi à l'ombre de la popularité du Béarnais, et désormais le nom de la Belle Gabrielle est inséparable de celui de Henri

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