‹ Les Crimes de DieuChapitre 11 sur 19 · D’où vient le mouvement ?

D’où vient le mouvement ?

Croyant que, de par sa nature, la vile matière est inerte, les Déistes avancent que si on l’aperçoit mouvementée — ce qui est indéniable — c’est qu’une énergie, extérieure à la matière à l’origine, y a pénétré, s’y est installée et lui a impulsé la force qui lui faisait défaut.

Or, rencontre-t-on dans la nature un seul phénomène qui soit à même de donner quelque valeur à cette opinion ?

Absolument aucun ; et toutes les observations qu’on fait tendent à affirmer que le mouvement est une des propriétés inhérentes à la matière et matière lui-même. On a beau explorer l’espace, sonder les profondeurs de l’Océan ou fouiller les entrailles du sol, non-seulement on rencontre partout la matière, mais on la trouve constamment mouvementée.

Ce caractère d’universalité de la force dans l’espace suffirait à nous permettre de conclure à l’immanence de cette force dans le temps.

Cette immanence, des milliers et des milliers de constatations viennent l’établir. La théorie de l’évolution consacre le transformisme incessant de la matière ; elle repose sur les métamorphoses ininterrompues que subissent les êtres et les choses ; elle sert à expliquer le perpétuel devenir. Cette modification sans arrêt, cette succession d’états aussi lente que certaine, n’est-ce pas l’irréfragable preuve de la continuité du mouvement, l’attestation sans réplique de la présence du mouvement dans les âges les plus reculés, comme la certitude de la même présence dans les avenirs les plus lointains ?

Qui ne connaît le principe auquel, en mécanique, on a donné le nom de « persistance de la force ? » Qui ne sait que la force, le mouvement jamais ne disparaissent, jamais ne diminuent ; qu’il y a simplement mutation, c’est-à-dire changement dans la nature et les effets du mouvement, mais que, s’il est ici chaleur, là lumière, ailleurs électricité, le mouvement tout entier se transmet en dépit des aspects divers sous lesquels il se révèle, mais encore une fois, jamais ne subit la plus minime diminution.

C’est l’application au mouvement de cette vérité en chimie : rien ne se crée, rien ne se perd.

Conséquemment, on peut affirmer que le mouvement est une propriété de la matière ; qu’on ne peut concevoir celle-ci sans celui-là et que s’il est impossible d’assigner à la matière un commencement, il est non moins impossible d’assigner au mouvement une origine, puisqu’on ne peut pas plus observer la matière sans mouvement que le mouvement sans matière ; qu’ainsi, enfin, considérée comme ayant imprimé à la matière, par le coup de pouce initial, le mouvement originel, l’hypothèse « Dieu » n’est d’aucune utilité.

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