Derniers avatars du Cléricalisme
Cette décrépitude de l’idée religieuse a produit deux avatars. Dans le domaine politique, c’est la réconciliation de la République avec l’Église, de toute nécessité monarchiste.
Dans le domaine économique, c’est le socialisme chrétien.
Sentant le terrain se dérober sous ses pas, l’Église a fait acte d’adhésion officielle à la République par l’organe du pape lui-même, et nous trouvons dans l’élection de Brest un curieux exemple dans ce sens.
Dans ce pays essentiellement monarchiste, deux candidats étaient en présence : le comte de Blois, partisan du trône et de l’autel, et l’abbé Gayraud, partisan de l’autel seulement. C’est ce dernier que, de toutes ses forces et ouvertement, le clergé a soutenu.
N’est-ce pas là une concession faite par l’Église qui, se sentant périr, a mis sur sa face un masque républicain ?
Cette conversion ne peut être sincère, puisque l’Église admet un Dieu devant la volonté duquel tout doit s’incliner et que le Pouvoir doit surgir d’en haut, alors que la République entend la volonté de tous exprimée et le Pouvoir venant d’en bas.
Non content de se faire républicain, le Pape a arboré à sa tiare une cocarde socialiste. Voilà ce que nous ne saurions supporter.
Qu’il vous plaise à vous, cléricaux, d’entrer dans la République et que les républicains vous y admettent, tant pis pour eux ! Mais que vous émettiez la prétention de résoudre la question sociale, nous ne vous le permettrons pas.
Qu’avez-vous fait durant les longs siècles de votre domination exclusive ? Vous vous êtes alliés aux patrons, aux nobles, aux rois. Vous vous êtes faits les complices de toutes les iniquités, de toutes les exploitations. Et c’est aujourd’hui, que vous n’êtes plus rien, que vous ne pouvez plus rien faire, que cette idée vous vient de vous intéresser aux vaincus de la lutte sociale ?
Vous ne ferez rien, parce que vous ne pouvez rien.
J’irai plus loin. Vous n’avez pas le droit de tenter quoi que ce soit en ce sens.
Tout ce qui existe est de par la volonté de Dieu. C’est parce que Dieu l’a voulu qu’il y a des pauvres et des riches, des exploités et des exploiteurs, que les uns meurent de faim, alors que d’autres crèvent d’indigestion, et ce serait sacrilège à vous de vouloir y changer quoi que ce soit, criminel de vouloir corriger l’œuvre du Créateur dont les desseins sont impénétrables.
Nous avons le droit de nous plaindre, vous, le devoir de vous résigner, confus, chagrins, mais soumis.