‹ Les derniers IroquoisChapitre 18 sur 21 · VI:

VI:

Guerre aux tyrans! Jamais, jamais en France! Jamais l'Anglais...

Repoussés, avec des pertes considérables, par deux décharges successives, ils revinrent une troisième fois à l'attaque, et forcèrent les artilleurs à reculer.

Mais alors, sir John Colborne donna l'ordre au 32e régiment d'appuyer ses batteries.

Cet ordre fut aussitôt exécuté.

Sir William King, l'épée nue, le front haut, se jeta bravement A la tête de sa compagnie en murmurant:

--Tiens, ce Cherrier ici.... Charmant, très-charmant, en vérité! Je vais lui donner sa revanche.... Mais, by Jove, ne me trompé-je pas? C'est sa femme que j'aperçois près de lui.... un joli, très-joli militaire, sur ma foi! Ah! la fête sera ravissante, extrêmement ravissante! Mais, comme elle joue du sabre, la petite dame! Parole d'honneur, j'en suis émerveillé.... Ah!

Un coup de couteau en pleine poitrine arracha ce cri au sous-lieutenant.

Il l'avait à peine exhale, qu'un bras vigoureux le renversait à terre; un homme, un démon à forme humaine, lui plantait son genou sur le ventre, lui tranchait la tête en un clin d'oeil, et le houp de guerre indien retentissait par-dessus le fracas de la bataille.

Si rapides furent ces divers mouvements, que, dans l'ivresse du combat, les soldats de sir William ne le remarquèrent point.

Le meurtrier se releva, la tête de sa victime à la main, et se tourna vers Co-lo-mo-o, qui, tenant un fusil par le bout du canon, s'en servait comme d'une massue, et faisait de larges trouées dans les bataillons anglais.

--Que le Petit-Aigle, s'écria-t-il, apprenne, par l'exemple de Nar-go-tou-ké, à venger les injures infligées à sa race! Le père de ce chien a fait mutiler Ni-a-pa-ah, ma femme, et moi, voilà ce que je fais de l'un des siens!

Il cracha à la face de la tête sanglante qu'il agitait en l'air, et la lança au front d'une compagnie de Volontaires, qui fondit sur lui, le larda sur-le-champ avec ses sabres, le cribla de balles, et le foula aux pieds de ses chevaux, en chargeant les insurgés.

Car ceux-ci pliaient sous le nombre.

Ni les prodiges de valeur accomplis par le docteur Chénier, Cherrier et sa femme; ni les efforts inouïs de Co-lo-mo-o; ni la bravoure des assaillis ne pouvaient longtemps résister à deux mille hommes disciplinés, pourvus d'armes en excellent état et de munitions abondantes, tandis qu'eux étaient mal équipés pour la plupart et obligés de faire usage de cailloux arrondis en guise de plomb.

Pressés par l'ennemi, ils se réfugièrent dans l'église et continuèrent désespérément la défense.

Les troupes y mirent le feu.

Bientôt des torrents de flammes et de fumée envahirent l'enceinte du temple.

Les assiégés n'ont plus de poudre; mais le courage leur reste; ils montent au clocher; une grêle de pierres tombe sur les assiégeants.

--Il faut les enfumer comme des renards! hurle sir John Colborne, aux portes du lieu saint.

L'incendie gagne du terrain. Le clocher est enveloppé par ses langues ardentes.

--La charpente s'écroule! crie une voix.

C'est un sauve-qui-peut général.

On s'élance aux fenêtres; on se foule; on se précipite dans le cimetière.

Chénier, Cherrier, Louise, Co-lo-mo-o y parviennent avec une cinquantaine d'autres.

Mais là, devant eux, se dresse un rempart de baïonnettes.

Cent coups de fusil les reçoivent.

Le docteur Chénier est frappé à mort.