‹ Les DésirsChapitre 36 sur 101 · Ô MA CHAIR DE VINGT ANS ROSÉE…

Ô MA CHAIR DE VINGT ANS ROSÉE…

Àma mère.

Ôma chair de vingt ans rosée,
Si mêlée avec l’univers,
Ô compagne de la rosée,
Mouvante sœur des rameaux verts ;
Toi qui dans ton sang pur recèles
Toute l’ardeur universelle,
Ô mon corps dont les larges bras
Comme une ceinture profonde
Tournent autour des fleurs du monde,
Est-ce donc vrai, tu périras ?

Ômatin doré, je ris, j’aime,
Que mes jeunes membres sont beaux !
— Mais les morts sous les chrysanthèmes
N’en glissent pas moins au tombeau ;
Le vent chasse, le vent rapproche
Le terrible glas de vos cloches,
Et sur le bois luisant jeté,
Chaque sonore grain de sable
Rappelle à la chair périssable
L’inévitable vérité !
À ces mots sourds, à ces images,
Frémissant je serre les poings ;
Je lutte avec les jours et l’âge,
Ils volent, je ne les tiens point :
Mais si dans l’ombre où vont mes pères
Vous me noyez, flots de la terre,
Je veux du moins que nul d’entre eux
Du gouffre triste de ses mœlles
N’ait fait jaillir jusqu’aux étoiles
Un hurlement plus douloureux.
Dans un bruit de tempête et d’ailes,
Poème, viens à mon secours ;
J’ai soif de cris et d’étincelles,
J’ai soif de feu, j’ai soif de jour ;

Isolé sur la chaude grève,
J’étouffe d’un excès de rêves
Et comme sur l’éclair des flots,
Les lumineuses mouettes volent,
Je laisse battre mes paroles
Entre l’écume des sanglots.
.............
Et plus que les déshérités,
Je me promène tourmenté
Ayant pour sœur la mer dorée
Qui, sans connaître son pareil,
N’est que le miroir du soleil
Et la captive des marées.

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