À LA MER
Je viens auprès de toi continuer le rêve
Dont l’invisible maille emprisonne mes jours ;
Je repose aujourd’hui sur le sel de tes grèves,
Et suis, les yeux fermés, la même ombre d’amour,
Qui ne cesse jamais de verser comme un astre
Son obscure lumière au ciel de mon destin.
Si j’ai pu, près de toi rêvant tant de matins,
Suivre d’un œil distrait tes jeux et tes désastres,
Insaisissable mer, ne t’en offense pas.
Tu roules comme moi tes secrets en silence ;
Les hommes anxieux en vain portent leurs pas
Sur le sable facile où l’écume s’élance ;
Ils écoutent en vain ton bruit et ta cadence
Et fixent leurs regards en vain sur l’horizon :
Ta déroute éternelle échappe à leur raison,
Ton esprit consumé se meut loin de leurs songes.
Laisse-moi donc chérir d’un cœur inattentif,
Bercé par les reflux et par les flux plaintifs,
Les longs rêves muets que j’aime et qui me rongent ;
Assez d’autres rendront l’hommage qu’on te doit,
Laisse-moi te quitter et me poursuivre en moi.