L’ÎLE TRISTAN
À M Colle-Adorjan.
Le vent du large a chassé les nuages,
Mais les douleurs, quand les chassera-t-il ?
Et quel esquif, en ses rouges cordages,
Saura me rendre un espoir juvénil ?
Ô mer paisible et pourtant tourmentée,
J’aime songer au bord des flots nouveaux ;
Et longuement je vois l’île enchantée
Où dans ses bras Tristan reçut des eaux
Iseult penchée à l’avant du vaisseau ;
Muets tous deux, sombres, brûlants et tendres,
Ne formant plus qu’une flamme et qu’un corps,
Et quand viendront les souffles de la mort,
Se rejoignant dans une même cendre.