ALLONS, PUISQU’IL FAUT VIVRE…
Allons, puisqu’il faut vivre, ô jeunesse, posez
Doucement sur mes yeux vos doigts entrecroisés :
Dans l’ombre j’entendrai comme des bruits de fête ;
Qui soupire, est-ce vous ? Ah ! renversez ma tête
Ma bouche humide s’ouvre et tremble dans la nuit ;
— Non, laisse ; encor tes mains sur mes yeux, laisse encore
Désirer. Dans le ciel, écoute, un oiseau fuit ;
Comme le vent ce soir dans les bois est sonore !
Qui me frôle, est-ce toi ? Qui passe ? Un messager
N’a-t-il pas jusqu’à nous couru d’un pas léger ?
Protège encor mes yeux ; j’ai peur de la nuit claire.
Suis-je seul à sentir comme tout est ailé ?
Ah ! couvre par tes chants les voix qui vont parler.
Ai-je donc demandé que tout fût dévoilé ?
Où fuir ? N’entends-tu pas ? Tout parle sur la terre !
— Fuir ? Non. — Je cueillerai ton souffle sur tes dents ;
Je roulerai mon front entre tes seins ardents
Où se mire la lune, où s’effeuillent les roses,
Et malgré le murmure universel des choses,
Jeunesse dans la nuit mêlant nos corps laiteux
Nous n’entendrons que nous ; nous ne serons que deux.