L’AFFAIRE SWINA-SWOBODA
UNE HISTOIRE TRAGIQUE.--L’ADJUDANT MYSTÉRIEUX RUSES DE GUERRE LE CONTRE-ESPIONNAGE A PARIS ET A LONDRES LA JUSTICE MILITAIRE LA PREMIÈRE EXÉCUTION DE LENOIR
Droits de traduction et reproduction réservés pour tous pays.
_Copyright 1922 by Albin Michel._
AU LECTEUR
_Méfiez-vous,_ _Taisez-vous,_ _Les oreilles ennemies vous écoutent._
_Ce livre n’est pas un roman, c’est un document._
_Je l’ai écrit avec mes souvenirs, uniquement avec ce que j’ai vu et entendu. Je n’ai pas pu tout dire, car la défense nationale a encore, aura longtemps peut-être, des secrets._
_Mais j’ai pensé qu’on peut dévoiler assez de vérité pour, d’abord détruire les légendes qui se greffent trop vite sur les faits, ensuite renseigner les mobilisés de l’avant sur ce qui s’est passé exactement à l’arrière, enfin mettre les Parisiens au courant des périls auxquels ils ont été exposés et qu’ils n’ont jamais soupçonnés._
_Je n’ai appartenu ni aux services des Deuxièmes Bureaux, ni à ceux de la justice militaire: je n’ai donc commis aucune indiscrétion. J’ai révélé des faits que tout le monde a pu connaître, et dont la connaissance est utile à tous les Français._
_Il est bon, en effet, qu’on sache: que les espions et les traîtres ont été châtiés par des juges impitoyables, que nos agents ont rivalisé de ruse et d’audace, que les officiers du contre-espionnage ont accompli des prodiges, et que la France a partout été bien servie._
_Et il est bon aussi qu’on se rappelle que le courage sans l’adresse, la force sans la vigilance ne servent à rien. Pour se battre il ne faut pas seulement des muscles, il faut des yeux. Voir c’est savoir, et savoir c’est pouvoir._
_Maintenant, dans ces pages, qui ont reçu tout d’abord l’hospitalité de la_ Liberté, _on a cru voir un manque de sensibilité._
_Quelques-uns m’ont reproché d’avoir parlé sans pitié de ces hommes et de ces femmes qui allaient mourir. Je leur ai répondu_:
_Quand on est menacé par un serpent on l’écrase. Quand on peut se retourner contre des assassins, qui tentent de vous poignarder dans le dos, on les tue sans gémir sur leur sort._
_On peut hésiter à abattre un être vivant qui vous combat face à face, ou qui n’est qu’une brute inconsciente, à immoler un soldat qui obéit et lutte à armes égales et loyales; on ne s’émeut pas devant le châtiment infligé à des misérables qui, par cupidité ou par haine, ont employé la ressource des lâches pour faire massacrer d’innocentes victimes._
_Ils tombaient, eux, en lançant un dernier défi à la France pantelante. Nous, nous leur rendions les honneurs._
_De la sensibilité, oui et toujours. De la sensiblerie, jamais!_
Cᵗ EMILE MASSARD,
_Officier de la Légion d’honneur, Croix de guerre, Médaillé de 1870, ancien Commandant du Quartier Général des Armées de Paris._
LES ESPIONNES A PARIS