L’ARRESTATION
Ce n’est pas sans une certaine hésitation (?) que cette mesure fut prise.
Quand le commissaire de police Triolet se présenta à l’hôtel où elle logeait pour procéder à son arrestation, Mata-Hari était couchée et entièrement nue. Sans se couvrir, et avec une impudeur plus que choquante, elle procéda à sa toilette devant les inspecteurs, en demandant:
--C’est sans doute pour l’affaire de Belgique que vous venez me chercher?
L’espionne avait, on le sait, demandé à être envoyée en Belgique pour surveiller nos agents!
--Oui! Oui! fit le commissaire.
Celui-ci, dans la crainte d’un mouvement de colère de la danseuse, n’avait osé l’avertir qu’il la mettait en état d’arrestation, ni lui montrer le mandat dont il est porteur.
Ce n’est qu’en arrivant au 2ᵉ bureau que le commissaire lui remit le mandat. Mata le prit, sans le lire, et dit en entrant:
--Auquel de ces messieurs dois-je remettre ce papier?
--D’abord, répliqua brutalement le capitaine L..., dites-nous depuis quand, H. 21, vous êtes au service de l’Allemagne?
--Je ne comprends pas, fit Mata en pâlissant.
--H. 21, dites-nous depuis combien de temps vous êtes au service de l’Allemagne?
Il s’ensuivit une explication fort vive, à la suite de laquelle Mata Hari alla coucher à Saint-Lazare.
Reprenons maintenant l’interrogatoire.
CONFONDUE!
Le colonel donna connaissance du fameux radio de Madrid.
--Vous ne pouvez nier, lui dit le colonel président, que vous êtes allée chercher à la légation de... la somme que le lieutenant von Kroon vous avait promise à Madrid?
Et Mata, imperturbable, de recourir à son système de défense favori et de répondre avec aplomb:
--C’est parfaitement exact. Le lieutenant von Kroon ne voulant pas payer mes caresses avec son argent, avait trouvé plus commode de les faire payer avec l’argent de son gouvernement!...
--Le Conseil de guerre prendra cette explication pour ce qu’elle vaut, observa le colonel. Vous reconnaissez que l’argent venait du chef de l’espionnage allemand à Amsterdam?
--Parfaitement. L’argent venait de mon ami de Hollande qui payait sans le savoir les dettes de mon ami d’Espagne.
On ne put tirer autre chose de l’accusée. Elle avait reçu «le coup du télégramme» comme un coup de massue sur la tête. Elle chancelait, blême, les yeux hagards, la bouche crispée d’où les phrases sortaient en mots hachés:
--Je... je.. vous dis que... que c’était pour... pour... payer mes nuits d’amour. C’est... c’est mon prix. Croyez-moi... soyez galants, messieurs les officiers français...
--Tout cela ne prouve rien! voulut dire l’avocat, Mᵉ X..., qui, empressé, très empressé auprès de sa cliente, lui offrait un flacon de sels et lui tendaient une bonbonnière.
--Je n’ai pas besoin de tout cela, lui dit Mata en le repoussant durement. Je ne suis pas une petite femme. Je serai forte!
Et la danseuse, tournée vers le conseil, lançait des regards de défi!
Cette fois, elle était bien touchée, et visiblement elle se sentait perdue.
L’audience fut suspendue sur ce coup de théâtre. On ne peut dire que l’impression fut profonde puisqu’il n’y avait pas d’auditoire. La grande salle des appels correctionnels était déserte et nue. Les factionnaires dans les couloirs étaient toujours farouches. Il y avait partout, sur les bancs poussiéreux et vides, dans l’atmosphère grisâtre d’une après-midi sans soleil, comme une ombre de désolation et de tristesse. On pensait à ces pauvres poilus qui là-bas se battaient face à face avec l’ennemi, et qu’une misérable femme, tout enguirlandée de fourrures et de fleurs, faisait poignarder dans le dos.
LE DÉFENSEUR
Pendant la suspension, le défenseur s’approcha de moi. Comme on dit dans la _Tour de Nesles_, c’était une noble tête de vieillard. Il portait la médaille de 1870 sur la poitrine, et se montrait fort érudit en droit international. Il avait confiance... Toujours il avait eu confiance! Même avant d’avoir ouvert son dossier il affirmait l’innocence de Mata. C’est à ce point que, à la justice militaire, on savait que c’était lui qui avait prié le bâtonnier de le désigner comme défenseur d’office.
Avocat de grand talent, il avait voulu défendre cette femme, qu’il admirait depuis longtemps, parce qu’il avait sans doute l’intime et absolue conviction qu’elle n’était pas coupable. Sa candeur était touchante, son dévouement émouvant, et digne d’une meilleure cause.
--Qu’en pensez-vous, commandant? me dit-il avec un sourire plein d’espoir.
--Je pense que c’est une grande coquine, et qu’elle est fichue!
Je regrettai aussitôt ma franchise, car je sentis que je lui avais fait de la peine.
--Attendez au moins les témoins à décharge! Attendez surtout ma plaidoirie!
Avec sa plaidoirie, qui fut très chaude, nous eûmes de l’émotion certes, mais avec les témoignages nous avions eu trop de surprises... ils nous avaient montré combien cette femme était coupable et dangereuse.
Elle avait su, en effet, nouer des relations--purement sentimentales il est vrai--mais relations tout de même, avec un puissant fonctionnaire des Affaires étrangères et même avec un ministre de la Guerre.
Les noms de ces personnalités importent peu parce que les incidents auxquels elles ont été mêlées n’ont aucune importance au point de vue militaire. Ils n’ont d’intérêt que pour établir l’audace de la grande espionne.
DÉPOSITION SENSATIONNELLE
L’audition des témoins à décharge va commencer. Mata semble plus calme. Elle se met du rouge sur les lèvres et a le sourire.
Son avocat lui a remis un bouquet discret, et elle croque des bonbons, tout en jetant, à la dérobée, des regards sur les juges officiers.
--Introduisez M. X..., dit le colonel.
Un personnage d’allures extrêmement distinguées--mais aussi très gênées--se présente à la barre.
La danseuse s’est levée; elle affecte de ne pas regarder le témoin, sans doute pour ne pas augmenter son embarras qui est visible.
--Veuillez décliner vos nom, prénoms, qualité, dit le colonel.
Le témoin obéit. Qu’il nous suffise de dire qu’il occupait au Ministère des Affaires étrangères une des plus hautes fonctions, presque la plus haute.
--Pourquoi avez-vous fait citer le témoin? demande le président.
Sans bouger et sans regarder, Mata répond d’un ton calme, avec douceur, presque à voix basse:
--_Monsieur occupe une des plus hautes fonctions qui existent en France._ Il est au courant de toutes les intentions du gouvernement, de tous les projets militaires. A mon retour de Madrid, je l’ai rencontré. Il avait été mon premier ami après mon divorce, il était tout naturel que je le retrouvasse avec plaisir. Nous avons passé trois soirées ensemble. Je lui pose aujourd’hui la question suivante: «A un moment quelconque, lui ai-je demandé des renseignements? Ai-je profité de notre intimité pour lui arracher un secret?»
--Madame ne m’a posé aucune question, répond le témoin.
--Vous voyez bien que ce n’est pas une espionne! s’écrie le défenseur. Si elle avait voulu recueillir des renseignements précieux, elle n’avait qu’à tendre la main.
--Alors de quoi avez-vous causé pendant ces trois soirées? interroge le président toujours curieux. En pleine guerre vous n’avez pas parlé de ce qui nous préoccupe tous: la guerre?
--Nous avons parlé d’art, répond le témoin, d’art indien.
--Admettons, fait remarquer le commissaire du gouvernement. Admettons. Mais reconnaissez que le fait d’approcher une personnalité aussi haut placée que vous donnait à l’accusée un singulier crédit auprès des Boches. C’est sans doute à cette haute relation qu’elle a dû les suppléments de solde qu’elle a obtenus à diverses reprises par le canal de la légation de...
Le témoin se retire avec un soupir de soulagement Ouf! on n’a pas trop insisté.
Mata s’est-elle servi, pour correspondre avec le chef de l’espionnage, de papier à lettre portant l’en-tête «Ministère des Affaires étrangères--Cabinet du Ministre»? On ne saurait l’affirmer. Mais certains débris de papier trouvés permettent d’admettre cette hypothèse.
La comparution de ce personnage--considérable répétons-le--ne produisit aucune impression favorable; il ne provoqua qu’un sentiment de gêne pour tout le monde.
UN MINISTRE
Mais voici un incident plus caractéristique.
On avait trouvé chez Mata beaucoup de lettres d’officiers, d’aviateurs, et de notabilités parisiennes. L’une de ces lettres émanait d’un ministre de la Guerre... Nous n’en dirons pas plus pour ne pas le désigner et, en cela, faire comme Mata-Hari.
La lettre qui figurait au dossier parlait des événements du jour et de choses très intimes.
Le président, debout, en avait commencé la lecture...
Mata se leva tout à coup et dit:
--Ne lisez pas cette lettre, monsieur le colonel.
--Je suis forcé de la lire.
--Alors ne faites pas connaître la signature.
--Et pour cela?
--Parce que, répliqua Mata, parce que le signataire est marié, et que je ne veux pas être la cause d’un drame dans une honnête famille. Ne dites pas le nom, je vous en prie.
Le colonel s’arrêta, hésitant.
Un officier, membre du Conseil, se leva:
--Je demande, dit-il, qu’on lise toute la lettre avec la signature.
Ce qui fut fait. C’est ainsi que nous apprîmes le nom de ce gros personnage. Ce nom produisit une profonde stupéfaction, et--pour être exact--de nombreux sourires.
--Vous n’êtes pas discret, ne put s’empêcher de crier la danseuse en faisant la moue.
La discrétion est, en effet, une qualité professionnelle des filles galantes. Il ne faut à aucun prix compromettre l’ami d’un jour,--ou d’une nuit,--jamais s’occuper de l’identité du client, jamais trahir l’incognito du passant, surtout quand ce passant passe souvent... la revue des armées françaises.
--Bien entendu, vous n’avez jamais parlé de politique ni de guerre, avec le ministre? demanda le colonel.
--Jamais! s’écria Mata d’une voix forte.
Et elle se rassit aussitôt de l’air satisfait d’une petite femme ravie de faire connaître ses relations avec un ministre. Elle regarda attentivement les juges pour voir l’effet produit et, prenant une attitude dégagée, se pencha sur son avocat.
Ces relations avec les puissants du jour n’avaient probablement d’autre importance que d’asseoir la situation de Mata en face de nos ennemis. Pour les Allemands, une espionne qui pouvait entrer dans le cabinet du ministre des Affaires étrangères, ou dans celui du ministre de la Guerre, n’avait pas de prix.
Or, Mata était surtout avide d’argent. On estime que le chef de l’espionnage lui a fait parvenir plus de 60.000 marks, soit 75.000 francs. C’était beaucoup pour eux. Avec leurs agents ordinaires ils dépassaient rarement le billet de mille. Aussi combien de misérables, qui voulaient se vendre et qui se sont vendus, ont été déçus en recevant leurs maigres deniers--les trente de Judas.
A cette audience, pourtant tenue dans le huit clos le plus absolu, on ne fit pas connaître--et d’ailleurs on ne fit jamais savoir:
Comment on avait surpris le secret des relations de Mata et de ses correspondances avec Amsterdam;
Comment on avait appris son nom de baptême d’espionne, les lettres et les chiffres qui servaient à la faire reconnaître des agents allemands;
Comment on avait déchiffré les télégrammes par fil ou sans fil à elle adressés ou pour elle adressés à une légation;
Comment, enfin, on avait été mis sur sa piste et quelle légation plus ou moins neutre lui servait de boîte à lettres.
Ce sont là les petits mystères du contre-espionnage. Il suffirait de consulter le dossier de Mata pour les connaître. Mais nous ne nous croyons pas autorisé à les dévoiler.
D’ailleurs les suppositions les plus simples sont permises et le lecteur peut deviner.
L’important est que la justice militaire ait découvert des faits précis et les ait mis sous les yeux de l’accusée qui ne les a pas niés, qui s’est efforcée de les expliquer: ses lettres aux Boches, c’était des lettres d’amour; l’argent reçu des espions officiels, c’était de l’argent de ses amants.
Avec ce système de défense on n’est jamais pris en flagrant délit de mensonge ou de contradiction. On avoue tout et on explique tout. Seulement pour tenir le coup il faut avoir une rare audace et une belle intelligence. Mata avait les deux, et c’est pour cela qu’elle fut la plus dangereuse des espionnes.
«JE NE SUIS PAS FRANÇAISE»
La plaidoirie du défenseur avait été chaleureuse, mais peu convaincante. Cependant, Mata était confiante; elle ne croyait pas à sa condamnation.
A la fin des débats, elle se composa un visage, comme au théâtre, et prit une attitude. Elle était transfigurée.
Redevenue la sirène au charme étrange, elle déploya pour l’avant-dernier acte toute la coquetterie dont elle était capable. Elle cessa d’être l’accusée qui s’inquiète et discute pour sauver sa tête. Elle redevint femme et artiste, souriant aux juges. Pour un peu, elle se serait dévêtue et leur aurait offert un échantillon de ses talents chorégraphiques. Elle avait réussi auprès des grands, pourquoi échouerait-elle auprès des petits?
--Avez-vous quelque chose à ajouter pour votre défense? demanda le colonel.
--Rien. Mon défenseur a dit la vérité. Je ne suis pas Française. J’avais le droit d’avoir des amis dans d’autres pays, même en guerre avec la France. Je suis restée neutre. Je compte sur le bon cœur des officiers français.
Son avocat lui prit les mains avec effusion... Tout était fini.
Quand dix minutes après les juges sortirent de la salle des délibérations, j’entendis le commandant C... dire avec émotion.
--C’est affreux d’envoyer à la mort une créature si séduisante et d’une telle intelligence... Mais elle a causé de tels désastres que je l’aurais condamnée douze fois si j’avais pu!...
Lecture de la sentence fut donnée à la condamnée hors la présence du Conseil, devant la garde assemblée. Mata, prévenue par son avocat qui pleurait, arriva impassible, droite, raide, blême.
--Jugement! dit le greffier. Au nom du peuple français...
--Présentez armes! commanda l’adjudant de service.
Mata se mordit les lèvres, haussa les épaules et sourit. Elle paraissait seulement un peu contrariée de ne pouvoir sortir, et retourner à ses schekt, à ses pompes et à ses œuvres.
MAITRESSE DU PRÉSIDENT HOLLANDAIS
Si Mata semblait rassurée, c’est qu’elle avait de puissants protecteurs, non pas seulement en France, mais à l’étranger, en Hollande notamment.
Le général Boucabeille, ancien attaché militaire à La Haye, a réuni de nombreux documents sur le compte de la danseuse.
Mata, avant d’être la maîtresse d’un ministre de la Guerre français, avait eu pour amant le kronprinz qui l’avait emmenée aux manœuvres de Silésie. Puis le duc de Brunswick l’avait couverte de marks. En passant par la Hollande, elle avait pris pour amant le président du Conseil des ministres Van der Linden--tout simplement.
C’est ce dernier qui tenta une démarche pressante auprès du gouvernement français pour obtenir sa grâce. Il faut rappeler que la reine Wilhelmine, malgré les instances du prince consort, refusa de s’associer à cette démarche. C’est le même ministre qui, après la condamnation de Mata, suscita des manifestations contre les Français qu’il faisait traiter de «sauvages» et de «barbares».
Le gouvernement de ce même Van der Linden avait laissé organiser sous ses yeux un vaste système d’espionnage.
Le consul allemand était à la tête de ce service. A La Haye, il donnait des passeports. A Scheveningen--la station balnéaire--il recevait les renseignements.
A SAINT-LAZARE
Nous voici à Saint-Lazare.
La condamnée est installée dans la cellule 12, celle où ont été enfermées Mme Steinheil, Mme Caillaux, etc. C’est une pièce assez vaste, à deux fenêtres et à trois lits--deux de ceux-ci servent aux «moutonnes» ou aux auxiliaires chargées d’observer la condamnée.
La surveillance officielle est exercée par des sœurs. Malgré toutes les tentatives de laïcisation, on n’a jamais pu remplacer les sœurs à Saint-Lazare. Elles seules ont de l’autorité sur les filles plus ou moins soumises--plutôt moins--qui peuplent cet établissement. Les détenues sont généralement d’un caractère peu commode et d’une mentalité effroyable: elles n’écoutent ni Dieu ni diable, mais elles écoutent les sœurs, qui leur imposent un profond respect et qui obtiennent d’elles une obéissance absolue. Les plus féroces laïcisateurs ont été obligés de les garder.
Mata-Hari était d’origine juive; elle s’était convertie au protestantisme. Aussi avait-elle, dans les premiers temps, refusé de recevoir les sœurs, et, quand celles-ci pénétraient dans sa cellule, les accueillait-elle avec une véritable hostilité.
La sœur Marie,--une mignonne petite sœur, énergique, curieuse, parlant argot à ses détenues quand il le fallait,--la petite sœur Marie était très contrariée de l’attitude de Mata qui avait refusé toutes ses douceurs, et qui parfois se montrait impertinente.
Aussi, un jour que je venais prendre des nouvelles de Mata-Hari, la sœur m’avait dit:
--Mon commandant, la Mata-Hari est foncièrement méchante. Quand vous viendrez la chercher pour la conduire à Vincennes réservez-moi une place dans votre voiture. Elle ne veut pas me voir. Je voudrais savoir comment elle se tiendra devant nos soldats.
Mais quelques jours avant l’exécution, la condamnée s’était repentie de sa brutalité et s’était excusée auprès de la sœur de charité, qui, aussitôt, lui avait apporté ses consolations--et qui les lui apporta jusqu’au poteau.
LA VEILLE DU DERNIER JOUR
Mata ne recevait d’autre visite que celle de son avocat; toujours empressé, il lui apportait des fleurs et des friandises. Il la consolait de son mieux et s’efforçait de lui donner confiance.
Le jour où l’avocat ne venait pas, Mata avait le cafard. Alors la petite sœur Marie la réconfortait à son tour. La veille de l’exécution--était-ce un pressentiment?--Mata paraissait très abattue.
--Il faut vous secouer! Dansez donc un peu! lui dit petite sœur Marie. Vous allez oublier votre art. Et puis, il convient que nous connaissions votre talent...
Et Mata-Hari dansa, puis se remit à espérer et à sourire. Evidemment elle n’était pas faite pour la prison--ni pour le célibat. Elle était débordante de vitalité. Elle avait fait venir le directeur de la prison et lui avait dit:
--Je dois prendre un bain tous les jours. Mon métier et mon tempérament l’exigent[C].
Et on lui donna son bain--et son pain--quotidien.
[Illustration: Mata-Hari à Paris, 1914]