‹ Les femmes qui font des scènesChapitre 109 sur 119 · XI

XI

Arrivés à la maison Dorée, le chicard tombe, la figure la première, dans un homard.

--Mais ce n’est pas Tolbiac! s’écrie une des femmes en l’examinant.

--Alors, c’est bien plus drôle, dit un pierrot.

--Si c’était Tolbiac, où serait le plaisir? ajoute un autre.

--Dites donc, vous! fait une pierrette d’un ton féroce, en secouant le chicard au collet, est-ce que vous allez nous empêcher de manger le homard?

Le chicard se contente de grommeler:

--Sophie, as-tu ton châle?

Houspillé par tous, il retrouve cependant une lueur de gaieté; il commence une chanson qu’il n’achève pas; il essaie de jongler avec deux bouteilles; il pique des cure-dents dans les cheveux des femmes.

Puis tout à coup, comme saisi d’une idée, il se lève et appelle le garçon.

--Qu’est-ce que tu veux, Tolbiac?

--Garçon! l’almanach Bottin! dit le chicard, rempli d’une émotion étrange.

--Pourquoi faire? lui demande-t-on.

--C’est que mon patron m’attend ce matin pour opérer une saisie dans le quartier Vintimille.

LES PARISIENS DU DIMANCHE

Sonnez, mirlitons! glapissez, fritures! embaumez, rosiers!--Soleil, darde tes rayons les plus dorés sur cette foule!--Voilà les Parisiens du dimanche!

Ils sortent de chez eux, ils se répandent sur les boulevards, ils prennent d’assaut les omnibus. Dans les gares de chemins de fer c’est comme un bourdonnement d’abeilles. Il y a là des rubans d’un rose vif aux bonnets des commères de quarante ans, d’honnêtes redingotes de mari, des collerettes d’idylle; partout des figures empressées, heureuses et propres. Tous se hâtent, ils vont aux bois.

Sonnez, mirlitons! glapissez, fritures! embaumez, rosiers!--Soleil, darde tes rayons les plus dorés sur cette foule!--Voilà les Parisiens du dimanche!

Aux bois de Boulogne, de Vincennes, de Fleury, d’Aulnay, de Montmorency! Dans tous ces jardins d’amour où Fragonard a suspendu ses balançoires, où Lantara s’est reposé! Ils s’en vont aussi le long de l’eau, regardant glisser les nombreuses embarcations montées par des rameurs et des rameuses en vareuse rouge. D’autres plus indolents ou plus modestes, se contentent de s’asseoir sur les talus verdoyants des fortifications.

Sonnez, mirlitons! glapissez, fritures! embaumez, rosiers!--Soleil, darde tes rayons les plus dorés sur cette foule!--Voilà les Parisiens du dimanche!

Sous les tonnelles, sur les terrasses au-devant des portes des restaurants, en travers des chemins, par les fenêtres toutes grandes ouvertes, c’est un fracas d’assiettes, de couteaux, de chaises, de verres et de voix. Les servantes ahuries ne savent à qui répondre. Les esprits ingénieux se dirigent vers la cuisine, pour y choisir eux-mêmes leurs mets; ils soulèvent le couvercle des casseroles fumantes.--«Voulez-vous un joli morceau de veau? leur dit le traiteur en tablier blanc; quant à du lapin, il ne nous en reste plus.»

Sonnez, mirlitons! glapissez, fritures! embaumez, rosiers!--Soleil, darde tes rayons les plus dorés sur cette foule!--Voilà les Parisiens du dimanche!

Le soir ce sont des feux d’artifice à tous les bouts de l’horizon. Les bombes du Château-des-Fleurs répondent aux fusées du Château-Rouge. A Grenelle, la tour Malakoff illuminée; la tour Solferino illuminée, à Montmartre. Tout autour de Paris une aveuglante guirlande de bals. L’ouvrier s’en revient, portant triomphalement sur l’épaule son enfant endormi, tandis que la mère, inquiète, les suit, en murmurant de minute en minute: «Tiens-toi bien, Jules!»

LES VIEILLES BÊTES

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