‹ Les femmes qui font des scènesChapitre 117 sur 119 · II

II

Un incident bizarre a récemment marqué mes relations avec ce farceur.

Si acharné et si habile qu’il fût à tenir le crachoir, il était quelquefois forcé de s’interrompre. Dans ces intervalles, il s’éclipsait modestement dans une chambre voisine ou dans un coin de jardin, partout enfin où il croyait pouvoir être seul.--Alors, il tirait furtivement d’une poche de côté un carnet sur lequel il jetait les yeux.--Ce rapide examen fait, il semblait que sa verve en reçût un nouveau stimulant, et il rentrait au salon plus brillant et plus farceur que jamais. J’avais surpris ce manége, et j’en étais fort intrigué. Le hasard seconda ma curiosité. A la suite d’un repas poussé un peu loin, un échange de paletots, prémédité de mon côté, mit en ma possession le carnet mystérieux.

C’était, ainsi que je l’avais d’ailleurs supposé, un recueil de facéties, bourdes, pointes, quolibets, jeux de mots, scènes, chapelourdes, reparties, gaillardises, classés avec une certaine méthode, adaptés à toutes les circonstances de la vie, assortis au goût de tout le monde;--un bréviaire, ou plutôt un répertoire de joyeusetés cueillies, c’est-à-dire ramassées partout, dans les vaudevilles, dans les journaux, dans les cafés, dans les bals publics, dans les tables d’hôte, sur les talus des fortifications;--un ensemble du plus détestable goût, qui peut quelquefois forcer le sourire, mais qui fait naturellement hausser les épaules.

Se pourrait-il que ce fût là le niveau d’un certain esprit contemporain? Les succès de mon ami le farceur me le donneraient presque à supposer.

Quoi qu’il en soit, j’ai tenu à reproduire ici, au hasard, plusieurs traits de cet esprit. J’en ai vraiment le rouge au front. Mais quelque chose me soutient dans cette exhibition de lazzi tour à tour effrontés ou piteux: c’est l’espoir de les rendre désormais impossibles.

En les livrant à la publicité, je les enlève peut-être à la circonlocution.

Connue la farce,--ruiné le farceur.

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