‹ Les femmes qui font des scènesChapitre 20 sur 119 · IV

IV

=Le grand jour.--Ce que l’on appelle la scène filée=

MADAME. Tu sors, mon ami?

MONSIEUR. Comme d’habitude, mon amie.

MADAME. Et tu vas...

MONSIEUR. Au cercle, tout bonifacement. (<Il boutonne ses gants.>)

MADAME. Au cercle?

MONSIEUR. Adieu, chère belle.

MADAME. Au moins, rentreras-tu de bonne heure?

MONSIEUR. A l’heure accoutumée, aux environs de minuit.

MADAME. Pas avant?

MONSIEUR. Avant, peut-être. Adieu.

MADAME. Écoute, Marc.

MONSIEUR. Quoi?

MADAME. Sacrifie-moi cette soirée.

MONSIEUR. Quel caprice!

MADAME. Un caprice, tu l’as dit. Reste avec moi.

MONSIEUR. Si je reste, qu’est-ce que nous ferons?

MADAME. Eh bien, nous causerons au coin du feu; nous parlerons du passé, de ce passé où tu m’aimais tant.

MONSIEUR. C’est cela, nous aurons l’air de jouer de l’Octave Feuillet.

MADAME. Le grand mal!

MONSIEUR. Ce n’est pas un crime, je le sais bien. Mais j’ai besoin d’aller à mon cercle; c’est là que je fais toutes mes affaires, tu ne l’ignores pas.

MADAME. Hélas!

MONSIEUR. Allons, sois gentille; je ne tarderai pas à revenir, je te le promets.

MADAME. Tu es bien pressé.

MONSIEUR. Le besoin d’air, de mouvement...

MADAME, <comme si quelque chose se brisait dans son cœur>. Marc!

MONSIEUR. Quoi encore?

MADAME. Attends une minute.

MONSIEUR. Eh bien?

MADAME. Tu es habillé avec un soin tout particulier.

MONSIEUR. Pas plus que les autres jours.

MADAME. Mais si: je te trouve plus de recherche, plus de...

MONSIEUR, <avec complaisance>. Cette nuance de pantalon est assez heureuse, en effet.

MADAME. Ta cravate a quelque chose de dérangé. Approche.

MONSIEUR. Me voici.

MADAME, <le serrant violemment au cou, avec explosion>.

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