‹ Les femmes qui font des scènesChapitre 92 sur 119 · II

II

L’ŒIL.--Flamme! astre! aurore! diamant! j’étais tout cela autrefois. Je resplendissais, je caressais, je foudroyais. Un ange venait clore mes paupières chaque soir, un ange venait les ouvrir chaque matin.

LA DENT.--Perle! ivoire! disaient de moi les poëtes classiques, de moi, la trente-deuxième d’une brigade éblouissante.--Des dents de jeune loup! disaient les poëtes romantiques!--Et comme je savais mordre à toutes les pommes de tous les paradis terrestres.

LE CHEVEU.--Un diadème, lorsque Hélène était coiffée! Une inondation dès qu’elle enlevait son peigne! Un manteau de roi! tout le Titien!

L’ŒIL.--A présent, une ligne bleuâtre s’accuse au-dessous de mes paupières.

LA DENT.--A présent, les pommes me sont défendues comme des crudités; les cigarettes me sont interdites parce qu’elles altèrent l’émail et qu’elles dessèchent la lèvre.

LE CHEVEU.--J’étais un cheveu autrefois; à présent, je ne suis plus qu’un tube capillaire. Et la tête d’Hélène, cette tête digne de tous les hommages et de toutes les adorations, voilà qu’on l’appelle un cuir chevelu. Hélas!

L’ŒIL.--Hélas!

LA DENT.--Hélas!

LE CHEVEU.--A qui m’a-t-on associé, justes dieux! à une natte d’Alsacienne, et à des bandeaux dont j’ignore l’origine!

L’ŒIL.--Maudite soit cette épingle noircie dont on me blesse tous les jours pour m’allonger!

LA DENT.--Maudites soient ces petites limes et ces petites brosses qui me font grincer!

LE CHEVEU.--Et ces pinces d’acier auxquelles je n’ai échappé jusqu’ici que par miracle!

L’ŒIL.--Mon orgueil est vaincu; je sais maintenant comment on pleure.

LA DENT.--La fluxion n’est plus un mot pour moi: je la sens, elle arrive.--Au secours!

LE CHEVEU.--Éloignez ces eaux, ces huiles, tous ces corrosifs sous lesquels je me tords et me consume.--Au secours!

LA DENT.--Des élancements!--Au secours!

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