Scène première
Gévaudan, Laure, Alfred’'
Au lever du rideau, Alfred, Laure et Gévaudan font irruption par le fond, poussés violemment par Plucheux qui referme la grille sur eux.’'
Alfred.
Eh bien, voyons !… qu'est-ce que c'est que ces manières ?
Laure.
Espèce de brutal !
Gévaudan.
Oh ! mais ce cérémonial commence à me fatiguer !
Alfred.
Le fait est que c'est d'un compliqué, de se marier à Paris !
Gévaudan.
Je comprends qu'il y ait tant de ménages irréguliers !
Laure.
On ne se marie pas tous les jours !
Gévaudan.
Enfin quel besoin Saint-Galmier avait-il de nous envoyer à sa campagne !… Nous étions aussi bien à Paris !… Avec ça qu'elle a l'air folichon sa campagne !… pas une fleur !… le tout dans quatre murs !… À Loches nous ne faisons pas tant de manières !… Nous appelons ça une cour.
Laure.
Et comme c'est meublé ici ! regarde-moi ça !… Qu'est-ce que c'est que ça ?
Alfred.
C'est probablement la petite mairie !…
Laure.
Ah ! c'est vrai !… (Indiquant les baignoires.) Et voilà les fonts baptismaux !
Gévaudan.
Non ! je crois que c'est ce qu'on appelle à Paris une baignoire !
Alfred.
C'est égal ! nous l'aurons gagné, notre mariage !…
Laure.
Sans compter que je me demande pourquoi ces formalités ne sont que pour nous !
Gévaudan.
Parbleu ! ils profitent de notre ignorance des us pour carotter !
Alfred.
Zus ?… Qu'est-ce que c'est qu'un zus ?
Gévaudan.
C'est un mot technique !
Laure.
Té… ?
Gévaudan.
… chnique ! Entre nous, voulez-vous que je vous dise ? Eh bien ! je commence à en avoir plein le dos de ces prétendus-là !
Alfred.
Et moi donc, de ma vieille ! avec sa troisième personne !
Gévaudan.
Je crois qu'on nous a collé des rossignols à l’agence.
Laure.
Quand il aurait été si simple de nous marier à Loches !
Gévaudan.
Le fait est qu'un Lochois, ce n'est peut-être pas très brillant, mais au moins c'est à la bonne franquette !
Alfred.
Et ça ne cherche pas à vous épater avec des campagnes en bitume !…
Gévaudan, les prenant tous deux confidentiellement par le bras.
Savez-vous ? Eh bien, nous allons les planter là, nos prétendus !
Alfred.
Oui ! ça leur apprendra à faire les malins !
Laure.
C'est dit !… Allons-nous-en !
Ils remontent tous les trois jusqu'à la grille du fond.’'
Gévaudan, essayant d'ouvrir.
Ah ! sapristi ! (Se retournant face au public.) La mairie est fermée !
Alfred.
C'est probablement une erreur de l'employé ; mais où est-il ?
Gévaudan.
Je sais ! il doit être avec la dame Michette qui n'a cessé de s'évanouir dans la calèche.
Alfred.
Quelle calèche ! C'est un omnibus !
Gévaudan.
Calèche ! omnibus ! il n'y a pas d'orthographe pour les noms propres ! Tiens, sonne-le ! Tu as la sonnette sous la main.
Il lui indique le cordon de la douche, à droite.’'
Alfred.
Attends ! (Il tire le cordon, une douche lui tombe sur la tête.) Ah ! que c'est bête ! ils ont mis des sonnettes qui mouillent.
Gévaudan.
C'est probablement des sonnettes hydrothérapiques.
Alfred.
Je suis trempé ! Où m'essuyer ?
Laure, se tâtant.
Je n'ai rien ! (À Gévaudan.) Tu n'as pas une serviette sur toi ?
Gévaudan.
Une serviette ?
Laure.
Enfin, un drap ! quelque chose !
Alfred, allant à la fenêtre et détachant le petit rideau blanc.
Ah ! voilà du linge.
Il s'entortille la tête avec le rideau, sans en avoir retiré la tringle qui pend derrière sa tête.’'
Gévaudan.
Ah çà ! mais cet employé ne vient pas ! (Appelant.) Hé ! l'employé !
Tous.
L'employé ! l'employé !