‹ Les fleurs animées - Tome 1Chapitre 32 sur 96 · III

III

CHEVRETTE A LA COUR

Chevrette aurait autant aimé ne pas épouser le prince Charmant et rester chevrière; mais ses parents étaient pauvres, avides de trésors, il fallut se résigner.

Une fois à la cour, elle ne put s'empêcher de reconnaître que le prince Charmant était un sot, et son précepteur Olifour un imbécile.

Quant au roi et à la reine, c'étaient de bonnes gens qui n'y voyaient pas plus loin que le bout du nez de leur fils.

Chevrette s'ennuyait donc beaucoup. Elle aurait voulu sauter, courir, gambader dans la campagne. L'étiquette la rendait malheureuse. Elle commettait à chaque instant les erreurs de cérémonial les plus grossières. C'est ainsi qu'à la réception de l'ambassadeur de l'empereur Parapaphignolle, elle lui embrassa le côté gauche de la moustache au lieu du côté droit. L'empereur de Parapaphignolle, exaspéré de cet outrage fait à son envoyé, ne parlait de rien moins que de mettre à feu et à sang les États du prince Charmant. On eut beaucoup de peine à lui faire entendre raison et à arranger la chose.

Ce n'est pas que Chevrette manquât de leçons: son mari lui faisait chaque jour un cours d'étiquette qui durait trois heures; mais Chevrette, après cela, descendait au jardin, et oubliait les leçons du prince Charmant en jouant avec une petite chèvre qui la suivait au moindre signe, sur la simple présentation d'une tige de fleurs.

Voyant tant d'indocilité et une ignorance qui pouvait compromettre l'avenir de la monarchie, le conseil des ministres décida que Chevrette serait confiée à Olifour, qui se chargerait de compléter son éducation.

Le conseil des ministres déclara nettement à Olifour que si dans trois mois la princesse, interrogée dans un examen public, ne parvenait pas à résoudre toutes les difficultés du cérémonial et de l'étiquette, on lui trancherait la tête, à lui Olifour.