VII
FIN
En quittant la cour, Chevrette se demanda ce qu'elle allait faire.
--Parbleu! se dit-elle, je garderai encore les chèvres.
Mais où trouver un troupeau? Elle se dirigea du côté de la chaumière de ses parents.
La chaumière appartenait à de nouveaux propriétaires.
Depuis le mariage de leur fille, le père et la mère de Chevrette avaient trouvé indigne d'eux le métier de paysans.
Ils s'étaient rendus à la ville voisine, où ils habitaient un riche palais.
Voilà Chevrette bien embarrassée.
--Si je retourne à la ville, pensa-t-elle, le prince Charmant me fera saisir par ses gardes, et je serai obligée de retourner à la cour, où l'ennui me tuera.
Si je reste cachée à la campagne, comment ferai-je pour vivre?
Elle était au milieu de ces perplexités lorsqu'un joyeux bêlement se fit entendre derrière elle.
C'était sa chèvre, sa chèvre favorite qu'elle avait emmenée avec elle à la cour, et qui, la voyant partie, s'était échappée du palais pour la suivre.
Elle oublia un moment la fâcheuse situation dans laquelle elle se trouvait pour recevoir les caresses de sa chèvre. Le fidèle animal sautait, gambadait autour de sa maîtresse, et venait de temps en temps frotter son joli museau contre le sein de la chevrière.
--Tu m'aimes bien, lui disait-elle, ma pauvre chèvre, tu es heureuse de me revoir; hélas! je n'ai rien à te donner, pas même un brin de luzerne ni un petit toit pour te mettre le soir à l'abri du loup.
Comme elle prononçait ces paroles, elle entendit quelqu'un qui s'écriait:--Oh ciel!
Celui qui parlait ainsi était un jeune chevrier nommé Jasmin. Il errait dans les bois, triste et désolé, parce qu'il avait perdu Chevrette qu'il aimait.
Mais Chevrette ne le savait pas.
En le voyant elle se sentit rassurée; elle l'appela:--Jasmin! Jasmin!
Il s'approcha et elle lui raconta son malheur. Jasmin, à son tour, lui parla en pleurant de tout ce qu'il avait souffert pendant son absence.
Chevrette essuya ses larmes, et lui dit de se consoler: si elle avait su son amour, jamais elle n'eût consenti à épouser le prince Charmant.
Le chevrier suivit le conseil de la chevrière. Il essuya ses larmes et se consola. Chevrette lui permit de la suivre au fond de la forêt; ils vécurent heureux, chevrier et chevrière, Jasmin et Chèvrefeuille, mais après s'être mariés.
[Illustration]
[Illustration: CAMÉLIA]
LES REGRETS DU CAMÉLIA