VII - VIII
UNE CHOSE CONVENUE
Il est bien convenu, une fois pour toutes, que Frantz a avoué son amour à Pierrette le jour où il est entré dans sa chambre, après le départ de M. Coquelet.
Il est également établi que Mlle Pierrette a reçu cette déclaration avec infiniment plus de plaisir que celle du vieux rentier.
On est prié de se figurer le bonheur de Frantz: aucune plume humaine n'en saurait donner une idée.
REVENONS A M. COQUELET
Le procureur du roi refusa de recevoir sa plainte, ce qu'on nomme vulgairement un pince-sans-rire n'étant pas un délit prévu par le Code pénal.
Voilà donc Coquelet d'autant plus furieux qu'il est obligé de renoncer à sa vengeance.
En allant au parquet, il voyait Pierrette assise sur les bancs de la police correctionnelle; le ministère public concluait à six mois de prison et mille francs de dommages-intérêts.
Alors Coquelet se levait, promenait un regard assuré sur les juges et sur l'auditoire; tout le monde faisait silence, et il déclarait que si la coupable consentait à l'épouser, il retirait sa plainte sur-le-champ.
Pierrette se jetait à ses genoux et les embrassait en fondant en larmes; le ministère public lui adressait un _speech_ de félicitation sur sa générosité, et l'auditoire le couvrait d'applaudissements, malgré les avertissements du président, qui réclamait en vain le silence, toutes les marques d'approbation ou d'improbation étant sévèrement défendues par la loi.
Quelle différence au retour!
La réalité, et la réalité poignante, à la place de tant d'illusions!
Coquelet se voyait forcé de déménager, d'abandonner un logement où il avait passé des jours si heureux et si tranquilles, où ses serins étaient si bien acclimatés.
Il supputait les dépenses forcées et extraordinaires qu'occasionne toujours un déménagement.
Tout moyen de contraindre Pierrette à devenir sa femme était perdu.
On est supplié de se figurer le désespoir de Coquelet. Rien ne saurait lui être comparé.