X
LA VENGEANCE D'UN RENTIER
Frantz épiait le retour de M. Coquelet.
Parce que le rentier, en passant, lui disait quelquefois: «Il ne faut pas tant travailler, vous vous rendrez malade;»
Parce qu'en lui parlant il l'appelait toujours: «Mon jeune ami;»
Parce que de temps en temps il lui donnait quelques conseils au nom de sa vieille expérience,
Frantz regardait Coquelet comme un second père: les natures sensibles sont toujours dupes de leur sensibilité.
Il attendait donc le retour de son second père pour lui faire part de son bonheur, le charger d'aller de sa part demander à ses parents la main de Mlle Pierrette, et le prier de vouloir bien bénir leur union.
Coquelet était à peine rentré chez lui que Frantz se présenta et se jeta dans ses bras.
--O vous! s'écria-t-il, qui avez guidé ma jeunesse, soyez le premier instruit de mon bonheur. Elle m'aime!
--Qui, elle?
--Pierrette.
--Pierrette!
--Elle-même, la douce, la bonne, la sage, la vertueuse, l'incomparable Pierrette! J'ai peine à croire à ma félicité.
Un sourire sardonique effleura les lèvres de Coquelet.
--Elle vous a dit, reprit-il ensuite, qu'elle vous aimait?
--De sa propre bouche.
--Et vous la croyez?
--Douter de Pierrette, quel blasphème! oh! non, jamais!
Coquelet prit un air majestueux.
--Écoutez, mon jeune ami, et croyez les conseils de ma vieille expérience. Pierrette n'est pas ce que vous croyez; elle vous trompe, l'infâme!
--C'est vous qui me trompez; cessez ce jeu cruel, je vous en supplie.
--Il faut que je vous ouvre les yeux, mon jeune ami, tout m'en fait un devoir; prêtez-moi une oreille attentive.
Alors il se mit à lui en dire, à lui en dire sur Pierrette. Sa conduite, ses mœurs, la cause de ses sorties nocturnes, le vieillard se fit un plaisir de tout lui découvrir. Frantz était atterré sous le poids de ces révélations.
--Des preuves, disait-il d'une voix faible et étouffée, donnez-moi des preuves.
--Il vous faut des preuves?
--Oui!
--Eh bien, allez ce soir au bal de l'Opéra.