‹ Les fleurs animées - Tome 1Chapitre 67 sur 96 · L'AUBÉPINE

L'AUBÉPINE

J'AI demandé à l'Aubépine pourquoi je l'aimais tant.

Pourquoi la rose, pleine des larmes de la rosée, pourquoi le lis incliné sur sa tige, pourquoi la tulipe radieuse et la grenade éclatante me paraissaient moins belles.

Pourquoi je préférais son parfum au parfum de la violette, de la vanille, de la citronnelle, et pourquoi sa vue me faisait battre le cœur.

J'ai cueilli la pervenche au bord des ravins, la marguerite dans les prés, le thym au penchant des collines; pervenches, marguerites, thym, pourquoi, ô blanche Aubépine, ai-je toujours tout quitté pour une de tes branches?

L'Aubépine m'a répondu:

--N'as-tu pas dans tes souvenirs un souvenir devant qui tous les autres s'effacent?

Quand tu évoques les chers fantômes de ton cœur, n'en est-il pas un dont l'ombre te paraît plus chère, le sourire plus doux?

Ce fantôme, c'est celle que tu aimas à quinze ans, c'est l'enfant naïve qui t'attendait le soir sous les marronniers, avec ses cheveux dénoués, sa longue robe blanche, sa pâleur et ses yeux bleus pleins de tendresse; c'est celle qui devait être ta femme sur la terre, et qui est ton bon ange dans le ciel.

J'étais là quand tu lui dis: Je t'aime. Je vous écoutais, et je fis pleuvoir sur votre premier baiser la rosée odorante de mes feuilles.

J'ai entendu vos jeunes serments, j'ai vu vos chastes caresses.

La première fleur dont elle se para, c'était ma fleur, la fleur de l'Aubépine. Je m'étais inclinée exprès sur son front, et tu me cueillis.

Je mêlais mon haleine à votre haleine, je parfumais vos innocents entretiens.

En me voyant, tu te souviens, et tu me préfères à mes sœurs, parce que je suis l'Aubépine, la fleur des premières amours.

[Illustration]

[Illustration: CIGUË]

HISTOIRE DE LA CIGUË