VII - L'AUTO-DA-FÉ
Cependant les Mexicains s'impatientaient.
On se demandait de toutes parts: A quand l'auto-da-fé? Est-ce pour demain, ou après-demain? Est-il convenable et juste de faire attendre si longtemps pour brûler un méchant petit hérétique? C'est montrer bien peu de zèle pour les intérêts de la religion et de respect pour les bons catholiques.
On répétait tous ces propos au gouverneur, qui répondait:
--Cela ne me regarde pas: il est entre les mains de l'Inquisition, qu'elle en fasse ce qu'elle voudra.
Le fait est que le gouverneur, épris plus que jamais des attraits de la Grenadilla, aurait peut-être adoré le soleil pour lui plaire; mais Grenadilla n'était pas capable d'exiger une telle énormité.
Un beau jour, enfin, les habitants de Mexico virent se dresser sur la place publique le bûcher si impatiemment attendu.
Les cloches sonnaient à toute volée, les confréries de pénitents, bannières en tête, se rendaient chez le grand inquisiteur pour lui faire cortége; une estrade lui avait été réservée sur la place publique en face du bûcher.
L'exécution devait avoir lieu à deux heures.
Bien avant dans la matinée la foule avait envahi la place; on voyait des têtes aux fenêtres, des têtes sur les arbres, des têtes sur les toits.
Cette multitude gesticulait, parlait, appelait le patient à grands cris.
Enfin, à l'extrémité de la place, on vit paraître le cortége: d'abord le clergé, puis les pénitents; à la fin, le patient au milieu des archers de la Sainte-Hermandad.
Ce fut un moment de calme et de solennelle attente.
Il faut vous dire que ce jour-là, le gouverneur avait ordonné qu'on fît entrer Grenadilla par l'escalier secret du palais. Il voulait que, cachée derrière une jalousie, elle pût jouir de tous les agréments de la fête sans être incommodée par le soleil, la poussière et la foule.
Grenadilla était trop bonne Mexicaine pour refuser sa part d'un auto-da-fé, aussi s'empressa-t-elle d'accepter l'invitation et de se rendre au poste qui lui était assigné.
Notre impartialité d'historien nous fait un devoir de convenir que le gouverneur se tenait à côté d'elle, et lui adressait une foule de galanteries auxquelles la danseuse semblait ne pas faire grande attention, et qu'elle recevait en femme qui a l'habitude de semblables compliments.
--Cruelle! lui disait le gouverneur.
Grenadilla riait.
--Ingrate!
Elle riait de plus belle.
--Tigresse d'Hyrcanie.
Le rire continuait.
--Mais enfin, que vous faut-il? Ma puissance, mes trésors, je mets tout à vos pieds. Que demandez-vous? parlez!
Si à cette époque-là on eût connu la fameuse romance:
La fortune Importune Me paraît Sans attrait, etc., etc.,
c'est avec ce refrain que Grenadilla lui eût répondu. Néanmoins, il est à supposer qu'elle avait trouvé l'équivalent.
Cette fois, le vice-roi avait employé les mêmes effets d'éloquence, et suivi la même progression.--Cruelle, ingrate, tigresse d'Hyrcanie, que demandez-vous? parlez!
Grenadilla se retourna vivement, et répondit en montrant Tumilco qui venait de monter sur le bûcher.
--La vie de cet homme.