‹ Les fleurs animées - Tome 1Chapitre 85 sur 96 · II - III

II - III

LE LION

M. le marquis Annibal-Astolphe-Tancrède de l'Asnerie aperçut un jour Mlle Chardon qui travaillait à sa fenêtre par une belle après-midi d'été. Comme le marquis Annibal-Astolphe-Tancrède de l'Asnerie était fort inflammable, il s'enflamma. Il jura qu'il se ferait aimer de la grisette, chose qui, au surplus, ne lui semblait pas devoir être extrêmement difficile.

LE CLERC DE NOTAIRE

Le marquis n'était point le seul qui se fût aperçu de la beauté de Rose. Lilio, le clerc du procureur du coin de la grande place, l'avait remarquée depuis fort longtemps. Un beau jour il se décida à lui écrire pour lui révéler son amour. Et il passa et repassa pendant une heure sous sa fenêtre pour attendre sa réponse. Le marquis Annibal-Astolphe-Tancrède eut la même idée le même jour. Il envoya une lettre et vint lui-même chercher la réponse. Il se promena pendant deux heures sous le balcon, en faisant hum! hum! hum! C'était un homme d'expédients, que le marquis.

[Illustration: CHARDON]

La vieille portière de Rose s'aperçut de ce manége: elle fit part de sa découverte au porteur d'eau, qui la communiqua à la fruitière, laquelle en parla tout haut chez l'épicier. Au bout de vingt-quatre heures, tout le quartier sut que deux hommes faisaient la cour à Mlle Chardon, la jolie Rose Chardon: le marquis Annibal-Astolphe-Tancrède de l'Asnerie et le petit clerc Lilio. C'était bien le plus charmant petit clerc qui fût au monde, un vrai chérubin de clerc, amoureux de toutes les femmes, mais n'en aimant qu'une, Rose Chardon, et puis toujours gai, toujours souriant, tendre et enjoué, sentant l'amour, la jeunesse et la santé d'une lieue.