II
SŒUR GUIMAUVE
La sœur infirmière était descendue au jardin pour cueillir des simples dont elle avait besoin pour ses malades.
Il faut vous dire que cette infirmière n'était autre que la Guimauve. Sur la terre, elle n'avait cherché qu'à développer ses instincts de bienfaisance. Longtemps elle avait exercé l'état de garde-malade. Préparer des tisanes était son suprême bonheur. Souvent, lorsqu'elle se promenait dans la campagne, si elle rencontrait une sauterelle accablée par la chaleur, faisant la sieste dans un sillon, ou une grenouille tapie dans les joncs, elle trouvait que la sauterelle et la grenouille avaient l'air d'être malades, et elle les emportait au logis pour les soigner. Elle poussait le dévouement jusqu'à la monomanie.
Lasse du monde, où, disait-elle, personne ne se croyait malade, elle s'était retirée dans un couvent, où on lui avait donné la direction en chef de l'infirmerie, emploi fort important dans un lieu où, ne sachant comment tuer le temps, on le passe souvent à se croire malade. Aussi la Guimauve bénissait-elle tous les jours sa nouvelle position.
[Illustration: GUIMAUVE]
Comme la panacée, son remède universel était la guimauve, qu'elle voulait qu'on prît sous toutes les formes, tisane, pâte, etc., etc.; les jeunes religieuses l'appelaient en riant sœur Guimauve: ce surnom avait fini par lui rester.
Sœur Guimauve aperçut les religieuses en prières.
--Ne vous dérangez pas, mes chères enfants, leur dit-elle, continuez votre oraison; je viens inspecter mon petit domaine. Ah! ces maudites capucines, elles ne fleuriront donc jamais!
Elle montrait en même temps une magnifique bordure de ces plantes dont on voyait seulement poindre les boutons.