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PREMIÈRE PARTIE

PRINCIPES ÉLÉMENTAIRES

Cultiver les fleurs, dans un jardin, sur une terrasse, aux balcons des fenêtres et même dans l’intérieur des appartements; voir naître, se développer, s’épanouir ces beaux enfants du soleil; guider leurs premiers mouvements, les soutenir, pourvoir à leurs besoins, à leur sûreté; être témoin de leurs chastes amours, recueillir et protéger leur nombreuse postérité, est un des plus doux et des plus innocents passe-temps qui se puissent imaginer. Il y a là de délicieuses émotions pour chaque mois de l’année, pour chaque jour du mois, pour chaque heure du jour. Ce doit être et c’est en effet le délassement des belles âmes, des cœurs purs et des nobles intelligences.

A ces charmants travaux nous nous proposons d’initier les profanes qui jusqu’ici se sont contentés d’admirer les fleurs, de se laisser éblouir et embaumer par elles. De blanches mains, de jolis doigts aux ongles rosés y perdent bien momentanément quelque peu de leur éclat, mais cet inconvénient passager doit avoir de si nombreuses et de si ravissantes compensations, que les plus belles mains du monde s’y risqueront.

TERRES

Trois sortes de terres sont employées dans la culture des fleurs, savoir: la terre franche, la terre légère et la terre de bruyère. La terre franche a pour base l’argile. Elle se trouve partout; elle est parfois jaunâtre, quelquefois grise; mais elle ne s’emploie presque jamais pour les fleurs sans être mélangée de terreau, car sans mélange elle serait trop forte, c’est-à-dire trop compacte, et par conséquent trop froide pour la plupart des fleurs.

La terre légère ou sablonneuse n’est autre chose que la terre franche ou végétale, mêlée de sable et de détritus de végétaux; le sable qu’elle contient la rend meuble et poreuse; modifiée par le terreau, elle est, pour beaucoup de fleurs, d’une grande fécondité.

La terre de bruyère est la plus convenable et la plus généralement employée pour la culture des fleurs; elle est le résultat du détritus des masses de bruyères qui végètent sur le sable, s’y mêlent et le rendent très-fertile. Cette terre convient particulièrement aux fleurs à racines bulbeuses.

En général, les terres qu’on se propose d’employer à la culture des fleurs doivent être préalablement ameublies et passées à la claie, afin qu’il ne s’y trouve ni pierres ni autres corps étrangers.

Le terreau est à peu près le seul engrais nécessaire à la culture des fleurs; il y en a de deux sortes: celui qui provient de la décomposition des matières animales, et celui qui résulte de la décomposition des matières végétales. Le premier convient particulièrement aux arbustes et aux plantes à racines fibreuses; le second est excellent pour les plantes à oignons et convient à toutes les plantes bulbeuses.

Dans un jardin, il ne s’agit toujours que de modifier la terre qui s’y trouve; mais quand on veut garnir de fleurs une terrasse, un balcon, une simple fenêtre, tout est à faire. Le meilleur, le plus sûr, dans ces circonstances, est d’acheter la terre nécessaire chez les jardiniers fleuristes de profession, où toutes les sortes de terres et d’engrais se trouvent à profusion. A Paris, les quatre marchés aux fleurs en sont toujours abondamment approvisionnés, et les marchands grainiers en réputation, non-seulement en vendent, mais en enseignent très-volontiers la manipulation.

EXPOSITIONS

L’exposition du midi convient aux plantes et racines bulbeuses ou à oignons, toutes les plantes de pleine terre à racines fibreuses se plaisent au levant, quelques-unes de ces dernières réussissent également au couchant; on ne peut guère cultiver, à l’exposition du nord, que les arbustes toujours verts, et certaines fleurs qui craignent le soleil, comme les primevères, les pervenches, les oreilles-d’ours, etc. Dans tous les cas, l’exposition du midi est la préférable, parce qu’on peut aisément ajouter aux avantages qu’elle possède ceux des autres expositions, au moyen des tentes, des abris et des arrosements.

On ne doit pas oublier que l’air et l’eau sont aussi indispensables à la végétation que le soleil; ainsi, une plante qui s’étiolera à la fenêtre d’un premier étage, recouvrera toute sa force, sa vigueur, sa beauté, deux étages plus haut: c’est ce qui fait que les fenêtres du pauvre, dans les grandes villes, sont toujours plus brillantes, sous ce rapport, que celles du riche, de même que les enfants du village sont plus robustes, plus vigoureux que ceux des villes.

A Paris, il n’est pas rare de voir des maisons de cinq, six, huit, dix étages (celles traversées par le passage Radziville, par exemple), au sommet desquelles se trouvent des terrasses plombées, offrant l’aspect et étant en effet de charmants jardins, ornés des plus belles fleurs et même d’arbres fruitiers d’une grande fécondité. Et puis, il en est des plantes comme de certaines jolies personnes: elles ne sont pas exemptes de caprices, de bizarreries; celle qui, cultivée avec soin, sera chétive et souffrante, poussera des jets vigoureux dans la fente d’un mur où le vent aura jeté un peu de poussière et le ciel un peu d’eau.

Hâtons-nous de dire toutefois que c’est là l’exception, et que les soins donnés aux fleurs et aux femmes sont rarement perdus.

POTS, CAISSES, INSTRUMENTS

Bien que certaines fleurs se plaisent mieux en pleine terre que partout ailleurs, il n’en est pas cependant qu’on ne puisse cultiver avec succès en caisses et en pots, pourvu que ces vaisseaux soient bien construits et d’une capacité suffisante. Le vase peut être plus grand qu’il ne faut sans danger; mais s’il est trop petit, si la racine est gênée, la plante souffre et meurt; pour les petites plantes, le vase doit avoir de quinze à dix-huit centimètres de diamètre. A partir de là, il faut que la largeur et la profondeur soient graduées selon la force de la plante. Le pot, comme la caisse, doit être percé au fond pour faciliter l’écoulement de l’eau, et il est bon, avant d’y mettre la terre, de placer sur le trou une écaille d’huître ou quelque morceau de poterie un peu convexe, pour que l’eau s’échappe plus facilement. Dans les pots ou caisses destinés aux plantes qui craignent l’humidité, on placera, au fond, une couche de plâtre de sept à huit centimètres d’épaisseur. C’est une méthode excellente, généralement suivie par les jardiniers fleuristes de Paris, qui sont les plus habiles du monde, et c’est la présence de ce plâtre bienfaisant qui a fait croire aux amateurs peu éclairés de la capitale que ces jardiniers mettaient de la chaux au pied des plantes qu’ils exposaient en vente, afin qu’elles périssent promptement, et qu’on fût obligé de revenir plus souvent à la charge. La chaux morte, au fond d’un pot, serait peu dangereuse, elle pourrait même avoir quelquefois de bons résultats. Il en est de cette substance comme du sel: on l’a trop longtemps calomniée. Autrefois, quand un noble était condamné pour crime de haute trahison, on brûlait ses armes, on rasait ses châteaux, on coupait par le milieu du tronc les arbres de ses forêts, et l’on semait du sel sur ses terres afin de les rendre à jamais stériles. Heureusement nous avons changé tout cela, et le sel est aujourd’hui un des plus puissants engrais qui se puissent employer.

Il y a des caisses de plusieurs sortes, des caisses mobiles et des caisses à demeure. Les caisses mobiles sont employées de la même manière que les pots; c’est-à-dire que la caisse, construite solidement, revêtue d’une ou de deux couches de peinture à l’huile, afin d’avoir moins à redouter les effets de l’humidité, doit avoir une capacité proportionnée à la plante qu’on veut y placer. S’il s’agit d’une plante vivace de grande dimension, d’un arbuste ou d’un arbrisseau, la caisse devra être faite à panneaux mobiles, afin qu’il soit facile d’en changer la terre, lorsque cela est nécessaire, sans blesser les racines.

Les caisses à demeure, que l’on appelle aussi caisses-parterres, contiennent ordinairement un certain nombre de plantes ou arbustes; on les construit le plus ordinairement sur les balcons. Ces caisses, dont la dimension dépend du lieu où on les construit ou de la fantaisie du constructeur, ne doivent pas avoir moins de cinquante centimètres de profondeur. Elles offrent, quand elles sont assez vastes, tous les avantages de la pleine terre.

La caisse construite, ce qui est la chose la plus simple du monde, on la garnira de la terre la plus convenable aux plantes que l’on se proposera d’y placer; mais si l’on voulait y mettre des plantes diverses dont la culture demande des terres différentes, on la remplirait de terre ainsi mélangée: terre franche, cinq dixièmes; terre légère, trois dixièmes; terre de bruyère, deux dixièmes; le tout bien mêlé, et modifié de temps en temps par un peu de terreau.

Si la caisse-parterre est placée à l’exposition du midi, il faudra agencer à un mètre et demi au-dessus une petite tente qui puisse se déployer facilement, afin de garantir les fleurs des ardeurs du soleil vers le milieu du jour. Cette tente, faite en toile imperméable, peut aussi servir à garantir les plantations des pluies trop fréquentes ou trop abondantes, et des brouillards froids de l’automne.

Aux approches des grandes gelées, on garnira les côtés de la caisse, en dehors, avec du fumier de cheval, et l’on couvrira la surface de paille sèche et brisée, en ayant soin d’enlever cette couverture de temps en temps à l’heure où le froid sera le moins vif, afin que les plantes ne soient pas entièrement privées d’air.

Les instruments nécessaires à la culture des fleurs dans ces proportions sont peu nombreux: deux arrosoirs, quelques cloches de verre, une serpette, un greffoir, un sécateur, instrument à deux lames, dont on se sert d’une seule main, et qui peut remplacer la serpette; un transplantoir et une houlette pour faire l’office de bêche: voilà tout, et cela est trop connu, d’un maniement trop facile, pour qu’il soit nécessaire d’en donner ici la description.

SERRES

Les plantes en pots ou en caisses mobiles ne pourraient supporter la gelée comme elles le supporteraient en pleine terre; car, dans ce dernier cas, la gelée n’a de prise que sur la surface, tandis que les pots et les caisses en sont frappés de tous les côtés. Il est donc nécessaire de les placer, pendant la mauvaise saison, dans une serre froide ou orangerie où la température ne soit jamais moindre de trois degrés au-dessus de zéro. A défaut de serre, on pourra facilement disposer une chambre de manière à ce qu’elle en tienne lieu. Il suffira que cette chambre soit bien éclairée, point humide et assez grande pour que les plantes y soient à l’aise. La cheminée, s’il y en a une, sera bouchée, et l’on placera au milieu de cette pièce un poêle, à l’aide duquel on entretiendra une température à peu près égale, sans jamais dépasser cinq degrés centigrades au-dessus de zéro. L’eau avec laquelle on arrosera les plantes de temps en temps devra être au même degré que l’atmosphère de la chambre. La chambre-serre ne doit pas être habitée, les personnes et les plantes se trouveraient également mal d’une cohabitation. L’air de la serre doit être souvent renouvelé, et l’on choisit pour cela le moment de la journée où le froid est le moins vif. On ouvre alors les fenêtres, en ayant soin de consulter le thermomètre. L’expérience apprendra aisément quelles sont les plantes auxquelles le grand jour est le plus nécessaire, et celles-ci seront placées près des fenêtres.

On pourrait encore faire construire ce que l’on est convenu d’appeler des serres-fenêtres; mais cela est dispendieux, dangereux et incommode. Cependant il est facile de convertir, sans inconvénient, en serres les fenêtres à doubles croisées entre lesquelles la distance serait assez grande.

Au reste, il ne saurait y avoir sur ce point des règles particulières; c’est le cas de prendre conseil des circonstances, des localités, des dispositions, etc.

MULTIPLICATION DES PLANTES

On a vu dans la botanique que toute graine renferme le germe d’un végétal aussi complet que celui qui l’a produite, et qu’il suffit de confier cette graine à la terre pour que la reproduction s’accomplisse; mais les plantes ne se reproduisent pas seulement par ce moyen: la vie est si puissante en elles, elles sont si heureusement douées, que presque chacune de leurs parties est un tout qui ne demande pour se développer qu’un peu de terre, d’air et de soleil; ainsi, indépendamment de la reproduction par semis, les plantes se multiplient par caïeux, par bulbes, œilletons, rejetons, boutures, éclats de racines, marcottes, greffes, etc.

MULTIPLICATION PAR GRAINES

Ce moyen de reproduction est le plus naturel, mais il est aussi le plus lent. C’est par semis qu’on obtient des variétés de la même espèce; les sujets obtenus de cette manière s’acclimatent mieux au lieu qu’on leur assigne; ils sont plus vigoureux que ceux résultant des autres procédés; ils vivent de leur vie propre, tandis que la vie des plantes obtenues de toute autre manière est en quelque sorte entée sur celle d’autres sujets. Mais il est fort difficile de se procurer de bonnes graines, même chez les marchands les plus renommés. Le plus sûr est de les récolter soi-même et de les étiqueter soigneusement, afin de ne pas éprouver de ces déceptions d’autant plus fâcheuses que le mal est sans remède. En voici un exemple entre mille.

Mme la baronne de X..., charmante personne, accoutumée à voir tous les obstacles disparaître devant sa volonté, s’était tout à coup senti une vive passion pour l’horticulture. C’était au commencement du printemps, et devant les appartements de la baronne s’étendait une belle terrasse. Des caisses-parterres sont construites sous les yeux de la noble et belle jardinière; elle-même les garnit de terre parfaitement choisie; puis elle fait acheter des graines, et la voilà manœuvrant la houlette et le plantoir, et semant serré, sauf à élaguer ensuite. Les graines lèvent à merveille; la baronne est enchantée; c’est avec la tendresse d’une mère qu’elle veille sur ces pauvres petites plantes dont elle attend de si belles fleurs. «Toutes mes bordures, disait-elle, sont en pieds-d’alouette doubles et variés: au centre l’hortensia, la digitale, les pivoines, etc... Ce sera charmant... et tout cela me devra la vie!»

Elle trouvait que les jours passaient trop lentement; mais elle se disait que tout arrive à point à qui sait attendre, et elle s’efforçait de faire taire son impatience. Les plantes grandissaient; les caisses semblaient couvertes d’un tapis de verdure; mais les premiers jours de juin arrivèrent et les fleurs ne paraissaient pas. Mme de X... reçut à cette époque la visite d’un savant horticulteur; elle voulut avoir son avis sur ses plantations, savoir la cause du retard de la floraison, et elle le conduisit sur sa terrasse. Au premier aspect l’horticulteur ne peut retenir un éclat de rire.

--Pardon, belle dame, dit-il ensuite; mais, pour Dieu, qu’avez-vous semé là?

--Du pied-d’alouette qui doit être superbe, des pivoines, de...

--En ce cas, il faut que quelque sorcier ait passé par là, car vos bordures sont de très-belles carottes; je vois au centre des radis noirs d’une végétation très-satisfaisante, des oignons de cuisine de la plus belle espèce, et...

--Mauvais plaisant!

Pour toute réplique, le savant se baissa et arracha de petites carottes très-bonnes à mettre en ragoût; de petits oignons propres au même usage, et quelques radis d’une assez belle venue. Le désappointement de la baronne fut tel, qu’elle renonça à l’horticulture et fit sur-le-champ enlever les caisses.

Le temps le plus convenable pour semer est le printemps: les graines nouvelles donnent en général des sujets plus robustes, plus sains, d’une végétation plus vigoureuse que les vieilles; mais les fleurs de ces derniers ont plus d’éclat, et l’on en obtient plus facilement des variétés, pourvu toutefois qu’elles aient été conservées avec soin à l’abri de l’humidité.

Les graines fines se mêlent avec du sable fin, ce qui aide à les semer également; on frotte dans ce sable les graines qui sont garnies de poils et d’aigrettes. La terre étant bien préparée, nettoyée et ameublie, on sème les graines fines à la surface, puis on appuie dessus avec la main, le pied ou une planche; ensuite on arrose légèrement et on recouvre d’une petite couche de terreau. Les graines grosses, comme les pois, les haricots d’Espagne, etc., se plantent par une, deux ou trois, dans des trous faits avec le plantoir à quatre ou cinq centimètres de profondeur; on arrose, puis on remplit le trou de terre mêlée de terreau. Les semis en terrines et en pots ont cet avantage qu’on peut les arroser en dessous en plongeant dans l’eau le vase jusqu’au tiers de sa hauteur; le fond du vase étant percé, l’eau monte doucement dans la terre et active singulièrement la végétation. Soit que l’on sème pour rester en place ou pour relever le plant et le repiquer, les soins à donner sont les mêmes.

Les grosses graines germant plus lentement que les petites, on peut en hâter la germination en les faisant tremper dans l’eau pendant vingt-quatre heures avant de les mettre en terre. S’il s’agit d’un semis de noyaux, il faut les faire stratifier pendant plusieurs mois avant de les employer. Pour cela, on met dans un baquet un lit de noyaux sur une couche de sable fin; on les recouvre d’une autre couche de sable, et ainsi de suite. Cela se fait en automne. Lorsque le froid commence à se faire sentir, on place le baquet à la cave. On arrose fréquemment. Au printemps, les noyaux sont germés et on peut les planter.

Les graines d’un certain nombre de plantes ayant besoin pour germer d’une chaleur plus grande que celle de la température ordinaire du printemps, les jardiniers qui cultivent en grand les sèment sur couches. Dans les petits jardins, sur les terrasses et les balcons, on pourra remplacer les couches par un procédé très-simple: au milieu d’une caisse-parterre, on pratiquera un trou de deux mètres de circonférence; on l’emplira aux deux tiers de fumier de cheval bien tassé, puis on achèvera de le remplir avec de la terre franche mêlée de terreau, et on sèmera dessus. C’est ce qu’on appelle semer sur capot. Il faudra arroser peu et souvent. Si la plante est délicate, on la couvrira d’une cloche qu’on lèvera très-peu d’abord, vers le milieu du jour, puis successivement un peu plus, jusqu’à ce qu’elle ait acquis assez de force pour supporter l’air libre. C’est alors seulement qu’on pourra la transplanter sans danger.

La transplantation ne se supporte pas également bien par toutes les plantes. Il sera donc nécessaire de semer les plus délicates dans de petits pots que l’on enterrera ensuite dans le capot jusqu’au niveau de leur bord supérieur; on les gouvernera comme il est dit ci-dessus jusqu’à ce qu’elles soient assez fortes pour supporter l’air libre; alors on déterre le pot, on le casse avec précaution et l’on met la plante en place avec toute la terre qui l’environne.

Il n’y a pas de règles fixes pour la profondeur à laquelle on doit mettre les graines dans la terre: ainsi que nous l’avons dit, les graines fines doivent être simplement jetées sur la terre, que l’on bat légèrement ensuite et que l’on arrose après l’avoir légèrement couverte d’un peu de terreau ou de paille hachée; quant aux graines que l’on enterre, il vaut mieux qu’elles ne le soient pas tout à fait assez que de l’être trop; car, dans le premier cas, on peut les rechausser, tandis que, dans le second, elles pourrissent. Pour les graines de la grosseur du haricot, une profondeur d’un peu moins de deux centimètres est suffisante.

MULTIPLICATION PAR CAIEUX

Tout est dans tout, a dit un philosophe moderne. Le paradoxe est peut-être un peu bien osé; mais il y a aujourd’hui tant de belles et grandes vérités qui ont été longtemps à l’état de paradoxe, qu’on peut bien donner droit de cité à celui-là. Que sais-je? disait Montaigne; et que savons-nous de plus aujourd’hui? Nous sommes entourés d’assez de merveilles pour ne pas croire à l’impossible. Voyez cette tulipe parée des plus riches couleurs; dans quelques jours, sa brillante corolle tombera, le soleil mûrira la graine qui aura succédé à la fleur; chacune de ces graines donnera une tulipe semblable à celle qui a vécu. Mais ce n’est pas tout: arrachez la racine, détachez de l’oignon principal les petits oignons qui y sont adhérents et qu’on nomme caïeux, et chaque caïeu donnera encore une tulipe, et la fleur qu’il produira n’en sera pas moins belle.

Toutes les plantes à oignons produisent des caïeux qu’il suffit de planter à la saison suivante pour en obtenir des sujets qui ne cèdent en rien à la plante mère; mais il est important de ne séparer les caïeux de l’oignon qu’au moment de les replanter, car non-seulement ils se conservent mieux, mais ils s’améliorent tant que dure leur union.

On appelle aussi caïeux les petites pattes ou griffes qui croissent sur les grosses, comme chez les dahlias, les renoncules, etc.

Les oignons, lorsqu’on les retire de la terre, doivent être soigneusement étiquetés, afin que, si l’on fait des plates-bandes, il soit facile d’alterner les nuances de la manière la plus agréable à l’œil.

MULTIPLICATION PAR BULBES

Les bulbes, bulbilles ou saboles, sont de petits corps ronds et charnus qui, chez les plantes bulbeuses, naissent aux aisselles des feuilles, au bas de la tige, et quelquefois à la racine. Ces bulbes se détachent, se conservent, et, traitées comme les caïeux, elles donnent le même résultat.

MULTIPLICATION PAR ŒILLETONS & REJETONS

Les rejetons et les œilletons sont une seule et même chose; ce sont des pousses qui naissent de la racine de la plante mère: si ces pousses se produisent tout près de la plante à laquelle elles appartiennent, on les nomme œilletons, et rejetons si elles naissent à quelque distance de la tige principale. Rejetons ou œilletons s’enlèvent en automne, à moins qu’on ne craigne que l’hiver ne les détruise. Dans ce dernier cas, on les sépare au printemps, et on les transplante aussitôt dans une terre meuble et bien préparée.

Pour que les racines donnent des œilletons ou rejetons, il faut qu’elles soient près de la surface de la terre; si elles étaient enfoncées, il faudrait en mettre à nu quelques parties sur lesquelles les rejetons ne tarderaient pas à paraître.

MULTIPLICATION PAR ÉCLATS

Ce moyen de multiplication s’emploie pour les plantes vivaces dont les racines ont beaucoup de chevelu. En automne, on enlève la plante, on en sépare les racines en plusieurs parties, et l’on replante chaque partie séparément. Pour le plus grand nombre des plantes à racines fibreuses, cette séparation peut se faire avec une bêche, une houlette, des ciseaux, etc.; mais il en est quelques-unes que le contact du fer suffit pour faire mourir, il est donc plus sûr d’opérer cette séparation, qui est très-facile d’ailleurs, avec les mains et sans le secours d’aucun instrument.

MULTIPLICATION PAR MARCOTTES

La multiplication par marcottes est à la fois une des plus faciles et des plus importantes, en ce que beaucoup de plantes délicates ne peuvent, dans nos climats, se reproduire d’une manière satisfaisante que par ce moyen. On marcotte de plusieurs manières; les principales sont les marcottages par torsion, par incision, par circoncision, par strangulation, par amputation et par buttes.

MARCOTTAGE PAR TORSION.--Ce moyen est le plus sage et le plus généralement employé pour la reproduction des arbustes. On choisit une des branches les plus voisines du sol, on en ôte les feuilles, et on la tord à la partie qui doit être enterrée jusqu’à ce que l’écorce se déchire. Alors on abaisse cette partie de la branche, on la couche dans la terre, on la couvre, et après l’avoir consolidée dans cette position au moyen d’un crochet en bois enfoncé dans la terre, on fait prendre à la portion supérieure de la branche la position la plus verticale possible. Ce procédé demande une main délicate et une certaine dextérité; par exemple, il peut arriver qu’en tordant la branche on la rompe en partie, et alors l’opération est manquée; il en est de même lorsque la branche, abaissée jusque sur le sol, se détache en partie de la tige; cela se comprend, car jusqu’à ce que la portion tordue et enterrée de la branche jette des racines, elle peut vivre sans le secours de la plante mère; c’est une enfant à la mamelle qu’il faut sevrer graduellement. Ainsi, lorsque la marcotte est bien enracinée, alors qu’elle peut prendre facilement dans le sol toute la nourriture qui lui est nécessaire, il serait encore dangereux de la séparer brusquement de la plante mère; il faut la couper peu à peu: aujourd’hui on fait une incision qui enlève l’écorce, dans deux ou trois jours l’entaille attaquera la partie ligneuse, et successivement cette entaille deviendra plus profonde jusqu’à ce qu’on arrive à une amputation complète. La marcotte est alors dans toute sa vigueur; mais ce sont là de doux enfants qui ne crient point, qui ne sont ni maussades, ni hargneux; la tendresse qu’on ressent pour eux peut être poussée sans danger jusqu’à la plus extrême faiblesse; ils peuvent faire goûter toutes les joies maternelles sans en faire jamais ressentir les douleurs.

MARCOTTAGE PAR INCISION.--Ce procédé est à peu près semblable au précédent; il n’en diffère que par la fente que l’on fait à la partie de la branche qui doit être enterrée; on maintient cette fente ouverte en y insérant une petite pierre, et l’on opère du reste comme il est dit ci-dessus.

MARCOTTAGE PAR CIRCONCISION.--La différence entre ce procédé et ceux qui le précèdent consiste à enlever un anneau de l’écorce à l’endroit de la branche qui doit s’enraciner. Quelques horticulteurs prétendent que cette opération accélère la pousse des racines; mais cela ne paraît pas bien certain. Tordre, inciser, sont des opérations bien assez terribles pour de douces mains; laissons la loi de Moïse aux enfants d’Israël.

MARCOTTAGE PAR STRANGULATION.--Voilà encore un bien vilain mot pour une chose si simple, et non-seulement le mot est désagréable, mais il ne donne pas une idée juste de la chose. La marcotte, en effet, n’est pas étranglée par ce procédé, car si elle l’était, elle ne pourrait recevoir aucune nourriture de la plante mère, en attendant qu’elle ait des racines, et elle mourrait sur-le-champ. Ce qu’on est convenu d’appeler strangulation consiste à serrer fortement au-dessous d’un œil la marcotte à l’endroit qui doit être mis en terre, au moyen d’un fil ciré ou un fil de fer; la marcotte n’est pas étranglée, mais seulement comprimée de manière à ne recevoir de la plante mère qu’une partie des substances nécessaires à sa vie, ce qui l’oblige à tirer l’autre partie du sol. C’est toujours le système du sevrage gradué.

MARCOTTAGE PAR AMPUTATION.--En vérité, les horticulteurs passeraient pour des gens bien féroces s’il fallait les juger d’après les noms effrayants qu’ils ont donnés aux opérations les plus simples et les plus innocentes. Amputation, ici, veut dire une entaille de deux à trois centimètres de long qui doit enlever l’écorce et entamer un peu le bois. Au bout de quelque temps, il se forme sur les bords de cette entaille un bourrelet; c’est ce bourrelet que l’on met et maintient dans la terre, où il ne tarde pas à s’enraciner.

MARCOTTAGE PAR BUTTES.--Ce marcottage n’est employé que pour multiplier les plantes en touffes. On forme autour des plus jeunes sujets une butte de terre grasse, assez élevée pour que ces sujets y soient emprisonnés jusqu’aux deux tiers de leur hauteur. On coupe ensuite ces jeunes plantes au-dessus de la butte, et l’on entretient celle-ci dans un état constant d’humidité. Au bout d’un an, on coupe ces jeunes sujets sous la butte, au rez du sol. On a ainsi autant de jeunes plantes nouvelles qu’il y a de jeunes tiges dans la butte; ce qui n’empêche pas la plante mère de repousser avec vigueur.

RÈGLES GÉNÉRALES.--Dès que l’on a couché la marcotte en terre, il faut arroser cette terre de manière qu’elle soit toujours humide. En relevant la marcotte après l’avoir séparée de la plante mère, il faut enlever avec elle la motte de terre dans laquelle elle a jeté ses racines, et la transplanter avec cette terre.

Lorsque la branche que l’on veut marcotter est trop éloignée du sol pour qu’il soit possible de l’y coucher sans risquer de la casser, on peut faire passer cette branche dans un pot percé, rempli de terre, et soutenu par une perche. La partie tordue ou incisée doit se trouver au milieu du pot; on arrose fréquemment, et lorsqu’on sépare le sujet de la plante mère, il se trouve tout naturellement transplanté.

Beaucoup de fleurs, et particulièrement les œillets, ne se reproduisent d’ordinaire que par marcottes. Les plantes ainsi reproduites ne dégénèrent pas, mais restent les mêmes, et ce n’est que par semis qu’on peut obtenir des variétés.

MULTIPLICATION PAR BOUTURES

Il est certaines plantes, comme le peuplier, l’osier, etc., dont il suffit de couper une branche et de la ficher en terre pour qu’elle reprenne aussitôt; c’est ce qu’on appelle bouture. N’est-il pas prodigieux qu’un membre ainsi violemment enlevé se métamorphose en un individu absolument semblable à celui dont il n’était qu’une faible partie? Mais pourquoi ce qui est si facile pour beaucoup de plantes est-il excessivement difficile pour un grand nombre et absolument impossible pour quelques-unes? C’est ce que nul ne sait, et ce que nul ne saura probablement jamais. Il faut bien en convenir, les savants les plus justement honorés ne sont que de grands ignorants incapables de faire suivre de parce que la millième partie des pourquoi qui peuvent se formuler à chaque instant autour d’eux. Il faut donc se contenter de voir et d’admirer, et c’est souvent un passe-temps si doux, qu’il est facile de s’en contenter.

En général, les plantes dont le bois est tendre, la moelle abondante, se reproduisent aisément par bouture; celles dont le bois est sec et dur se multiplient très-difficilement par ce procédé.

L’opération, comme on vient de le voir, est très-simple; mais quand on veut en assurer le succès, il est bon d’y mettre plus de soin. Ainsi, on coupera la branche dont on veut faire une bouture au-dessous d’un nœud ou bouton; cette branche doit être coupée horizontalement, de manière que l’endroit de la section ait la forme d’un sifflet; on détache ensuite les feuilles de la branche depuis le bas jusqu’aux deux tiers de sa longueur. Ces diverses opérations doivent être faites avec un instrument bien tranchant, afin que les coupures soient nettes et que l’écorce ne soit pas déchirée. Cela terminé, on mettra immédiatement les boutures dans la terre qu’on aura préparée d’avance selon la nature des sujets que l’on veut reproduire: aux boutures des plantes grasses, la terre franche suffit; les boutures d’arbres et d’arbustes de pleine terre et même d’orangerie s’accommodent mieux d’une terre moitié franche et moitié légère; les boutures des végétaux à tige tendre et succulente reprennent facilement dans le sable; enfin les boutures des plantes les plus délicates doivent être mises en terre de bruyère pure ou légèrement mélangée de terreau.

Les boutures des arbres et arbustes de pleine terre doivent se faire vers la fin de février; celles des plantes d’orangerie se font au printemps.

Bien que la méthode que nous venons d’enseigner pour faire des boutures soit la plus généralement employée, il en est pourtant d’autres: ainsi, un an avant de couper la branche, on l’entoure quelquefois d’un fil de fer serré en anneau à l’endroit où elle doit être mise en terre. Cet anneau, interceptant une partie de la séve, il se forme à cet endroit une espèce de bourrelet qui facilite la reprise; c’est ce qu’on nomme bouture à bourrelet.

Il arrive aussi qu’on détache la branche d’une autre branche, en amputant une partie de cette dernière, qui doit former une sorte de crochet; c’est la bouture en crochet.

Les boutures des plantes dont le bois est dur, sec, se mettent en pot, rempli de terre de bruyère. Ce pot doit être ensuite enfoncé jusqu’au niveau de son bord dans une couche ou dans le capot d’une caisse-parterre (voir plus haut multiplication par graines), et l’on couvre ce pot d’une cloche que l’on soulève de temps en temps, jusqu’à ce que la bouture soit assez bien reprise pour supporter l’air libre; c’est ce que les jardiniers appellent bouture étouffée.

MULTIPLICATION PAR GREFFE

La greffe est le triomphe de l’art sur la nature, c’est l’opération d’horticulture la plus utile et la plus merveilleuse. Jusqu’ici nous avons vu les plantes se reproduire, se multiplier par d’ingénieux procédés; maintenant nous allons les voir se métamorphoser de mille manières. C’est là certainement un des plus grands, des plus inexplicables mystères de la végétation. Par exemple, les personnes étrangères à l’horticulture croient communément qu’en plantant un noyau de cerise, on pourra obtenir, avec le temps, un cerisier donnant des fruits de la même qualité que celui auquel appartient le noyau; cela est logique, c’est tout ce qu’il y a de plus rationnel. Eh bien, cela n’est pas vrai: plantez le noyau d’une de ces belles cerises dites de Montmorency, apportez tous les soins imaginables à l’entretien de l’arbre qui en résultera, et lorsqu’il donnera des fruits, vous récolterez de petites merises aigres, n’ayant en quelque sorte qu’un noyau recouvert d’une pellicule dure et sèche. Il en est de même pour tous les fruits. Qui dira encore la cause de cela? Cela est, donc cela doit être; il ne nous est pas permis d’aller plus loin. Mais de ce qu’on ne connaît pas la cause du mal, ce n’est pas à dire qu’on ne puisse y remédier, et le remède ici est la greffe, au moyen de laquelle on reproduit les variétés les plus précieuses. La greffe, en effet, consiste à faire rapporter à une plante des fleurs et des fruits absolument différents de ceux qu’elle eût donnés naturellement. Coupez les branches de ce merisier, dont les fruits sont si aigres; fendez-en le tronc; insérez dans les fentes quelques petites branches enlevées au cerisier de Montmorency, et au lieu de merises, il vous donnera des cerises semblables à celles dont le noyau vous aura produit un si grand désappointement; et non-seulement vous lui ferez produire des cerises, mais des prunes, des abricots, des pêches, les uns et les autres, et même tous ensemble si vous opérez savamment.

La greffe embellit les fleurs, améliore les fruits; mais les végétaux sur lesquels on la pratique perdent beaucoup de leur vigueur et de leur force, et ils vivent moins longtemps que ceux qui n’ont pas subi cette opération. Si l’on attend qu’un sujet ait acquis une grande force pour le greffer, il sera lent à produire des fruits; si, au contraire, on le greffe alors qu’il est encore faible, il donnera des fruits promptement; mais il durera moins. La greffe, enfin, est une opération qui augmente l’activité de la vie des plantes en en diminuant la durée. On ne peut pas tout avoir: la beauté et la durée sont nécessairement antipathiques. C’est là, Mesdames, encore une de ces douloureuses vérités qu’il est permis aux parties intéressées d’appeler des paradoxes.

La greffe se pratique de plusieurs manières; les principales sont la greffe en fente, la greffe en écusson, la greffe en couronne, la greffe en approche, la greffe anglaise et la greffe herbacée.

GREFFE EN FENTE.--C’est la plus facile, et, par conséquent, la plus usitée. Il faut d’abord choisir un sujet sain et vigoureux. On entend par sujet l’arbre que l’on veut greffer; la greffe est une branche que l’on prend sur l’arbre dont on veut donner les propriétés au sujet. Supposons qu’il s’agisse de métamorphoser un églantier ou rosier sauvage en rosier à cent feuilles. Après avoir coupé les branches de l’églantier, vous pratiquez à la partie supérieure de sa tige une fente longitudinale dans laquelle vous insérez une branche de l’année précédente, prise sur le rosier à cent feuilles, et taillée en biseau à son extrémité inférieure. La greffe doit être plus petite que le sujet; à la rigueur, elle pourrait être de la même grosseur; mais si elle était plus grosse, elle ne réussirait pas. Cette branche ou greffe doit être coupée à son extrémité supérieure de manière qu’elle ne porte que deux ou trois yeux. Il n’est pas nécessaire que son insertion soit bien profonde; mais il faut absolument que les parties de l’écorce du sujet soient en contact parfait avec les parties de l’écorce de la greffe, c’est par l’écorce que se fait et que se consolide la reprise.

On peut placer plusieurs greffes sur le même sujet lorsqu’il est assez fort. On peut aussi ne greffer qu’une partie du sujet: ainsi on peut greffer des roses blanches sur un rosier rose de manière qu’il nous donne simultanément ces deux variétés, et ces modifications peuvent s’étendre à l’infini sous une main bien exercée.

Lorsque la greffe est placée dans la fente du sujet, on pratique une ligature avec de la laine, à la hauteur de la fente, et on entoure le tout d’un mastic ainsi composé:

Poix de Bourgogne 5/10èmes Poix noire 2/10 Cire jaune 1/10 Résine 1/10 Suif de mouton 1/10

Le tout fondu à petit feu, bien mélangé et employé pas précisément chaud, mais avant d’être entièrement refroidi.

GREFFE EN COURONNE.--Elle ne se pratique que sur des sujets très-forts, sur un tronc coupé aux deux tiers de sa hauteur, par exemple. On pratique sur ce sujet, à l’aide d’un petit coin de bois, une ouverture entre le bois et l’écorce sur toute la circonférence; on place ensuite dans cette ouverture, et en forme de couronne, les greffes préparées comme pour greffer en fente, en ayant soin que l’écorce du sujet et celle des greffes se touchent, et on achève l’opération comme pour la greffe en fente.

GREFFE EN ÉCUSSON.--On ne pratique cette greffe que sur les arbres et arbrisseaux dont l’écorce se détache facilement. On pourra greffer de cette manière au printemps pendant la séve et en automne. Faite en automne, on la nomme greffe à œil dormant, parce qu’elle ne reprend qu’au printemps suivant; faite au printemps, pendant la séve, on l’appelle greffe à œil poussant, parce qu’elle pousse presque aussitôt: mais en général, celle pratiquée en automne réussit mieux.

Si l’on opère en novembre, on choisira pour prendre la greffe une branche de cette même année. Avec le tranchant du greffoir on incise l’écorce de cette branche en forme d’écusson, tout autour d’un œil bien nourri; puis, glissant le greffoir sous cet écusson, entre l’écorce et l’aubier, on le détache, on fait aussitôt sur le sujet deux incisions, l’une horizontale, un peu plus large que l’écusson; l’autre verticale, de manière que les deux incisions forment cette figure T, si l’on opère en automne, et celle-ci ⟘, si c’est au printemps. On glisse ensuite le greffoir sous l’écorce ainsi incisée jusqu’à l’aubier, et on la détache assez pour pouvoir glisser dessous l’écorce qui est la greffe, puis on coupe horizontalement la partie supérieure de cet écusson, de manière que l’écorce de la greffe et celle du sujet soient réunies. On fait ensuite, avec de la laine ou du chanvre, une ligature qui maintienne les choses en cet état, et que l’on aura soin de desserrer à mesure que le sujet grossira.

GREFFE EN APPROCHE.--Ce genre de greffe réussit sur tous les arbres et arbrisseaux, pourvu que greffe et sujet soient assez voisins pour pouvoir se toucher. Supposons, par exemple, qu’un lilas et un syringa soient assez voisins pour que l’on puisse mettre en contact une branche de l’un avec une branche de l’autre, il sera facile alors d’obtenir du lilas sur le syringa, et du syringa sur le lilas. Les branches étant autant que possible de grosseur égale, on incisera jusqu’à la moelle la branche de lilas et celle de syringa; on les appliquera et on les maintiendra l’une contre l’autre dans la partie incisée, à l’aide d’une ligature et du mastic composé comme il est dit plus haut. Si c’est le lilas qui doit produire du syringa, on coupera à quelques centimètres au-dessus de la ligature la branche du lilas qui est le sujet, afin de forcer la séve à monter dans la greffe; on fera la même chose dans le sens opposé, si l’on veut faire produire du lilas au syringa. Lorsque la soudure sera complète, on pourra couper la greffe au-dessous de la reprise, mais non tout d’un coup: on fera d’abord une entaille qu’on rendra successivement plus profonde jusqu’à ce que la section soit entière.

La greffe en approche peut se faire de mars en septembre; mais elle réussit mieux lorsque la séve monte que lorsqu’elle descend.

GREFFE ANGLAISE.--Pour que cette greffe réussisse, il faut que le sujet soit jeune, et que sujet et greffe soient de la même grosseur: l’un et l’autre sont coupés en biseau de même longueur et en sens inverse, afin de s’ajuster parfaitement; mais comme, malgré la ligature, la greffe pourrait glisser, on pratique à la partie correspondante du biseau de la tige une entaille ascendante, de manière que la greffe se trouve accrochée au sujet, et l’on termine comme pour la greffe en fente. Cette greffe ne réussit bien qu’au printemps.

GREFFE HERBACÉE.--C’est tout simplement la greffe en fente appliquée aux plantes herbacées ou aux plantes ligneuses alors qu’elles sont encore jeunes et molles. On l’emploie avec succès lorsque le sujet est dans toute sa force de végétation, c’est-à-dire un peu avant la floraison. Le sujet et la greffe étant très-tendres, il faut opérer avec beaucoup de dextérité; elle est d’ailleurs peu en usage pour les fleurs.

ÉDUCATION DES PLANTES

De graine, de rejeton, marcotte ou autrement, la plante est née. C’est maintenant surtout que la tendresse et les soins maternels lui sont nécessaires: un coup de vent peut suffire pour renverser, anéantir ces pauvres petits individus sortis de la terre pour sourire au soleil. Le mouvement de locomotion dont ils ne sont pas doués est pourtant indispensable à un grand nombre d’entre eux. C’est le moment, Mesdames, de leur tendre une main secourable pour leur faire quitter ce berceau où ils sont mal à l’aise, maintenant qu’ils commencent à grandir. Mais, prenez garde! quelque tendre que soit votre cœur, quelque douce que soit votre blanche main, il suffirait de la plus légère distraction pour que vous ayez à vous reprocher la mort de ces frêles enfants.

Dès que la plante obtenue par un des moyens indiqués plus haut, à l’exception de la greffe, a atteint une certaine force, il s’agit de la placer, soit en pleine terre, soit en caisse-parterre, ce qui est à peu près la même chose, soit en caisse ou en pot; c’est ce qu’on appelle repiquage, une des plus importantes opérations d’horticulture.

REPIQUAGE.--Soit que l’on ait semé en pleine terre, sur couches ou sur capot, ce qui est la même chose; soit, ainsi que nous venons de le dire, que le sujet vienne de marcotte, bouture, etc., il arrive un moment où il faut l’enlever pour le mettre plus à l’aise, à la place qu’il doit orner. Si les sujets à repiquer sont en pot, on casse ce dernier avec précaution, on divise la terre qu’il contient en autant de parties qu’il y a de sujets; on enlève chacun de ceux-ci avec la partie de terre qui lui est adhérente, on le met dans le trou préparé à le recevoir, et on arrose sur-le-champ. Lorsque le sujet qu’il s’agit de repiquer est en pleine terre, on l’enlève avec le transplantoir; mais si les plants n’étaient pas assez espacés, on les enlèverait collectivement en passant la houlette dessous, sauf à les séparer ensuite comme ceux semés en pot.

Les plantes robustes se transplantent à nu, c’est-à-dire qu’on les arrache tout simplement du lieu où elles sont pour les placer symétriquement dans un autre. Dans ces plantes, on retranche quelquefois le pivot de la racine, lorsqu’il est trop long, ce qui nuit à la reprise, et l’on ôte une partie du chevelu, quand il est trop abondant. Mais la règle est difficile à poser sur ce point, et le plus sage est de laisser les racines entières et de ne pas les blesser.

Il est bien entendu que chaque plante doit être repiquée dans la terre qui lui convient, laquelle aura été ameublie, et que les arrosements seront fréquents jusqu’à ce que la reprise soit complète.

TRANSPLANTATION.--On procède pour la transplantation à peu près de la même manière que pour le repiquage. Cette opération ne se fait avec succès que vers la fin de novembre. S’il s’agit de transplanter un arbuste ou un arbrisseau, on en coupe les branches; mais il ne faut pas toucher aux racines, et si, par accident, on en avait blessé quelques parties, il faudrait amputer sur-le-champ les parties lésées avec un instrument bien tranchant. Le mal, de cette manière, serait moins grand, mais il ne serait pas entièrement réparé. Les arbres toujours verts se transplantent en enlevant avec les racines la motte de terre qui les environne; on ne coupe pas les branches.

ARROSEMENTS.--Nous devons répéter ici que l’eau n’est pas moins nécessaire aux plantes que l’air et la lumière; mais toutes n’ont pas un égal besoin d’humidité, et il y a un grand nombre de gradations entre la plante qui naît, vit et est fécondée au fond des fleuves et celle qui végète sur les plus arides rochers. Nous ne pouvons indiquer qu’une règle générale qui consiste à n’arroser que fort peu les plantes grasses, charnues, spongieuses, et à arroser davantage, mais sans excès pourtant, les plantes fibreuses et ligneuses.

Dans l’hiver, on arrosera après le lever du soleil, afin que l’eau ne puisse être saisie par la gelée; dans l’été, au contraire, il faut arroser le soir, après le soleil couché, pour que l’eau ne s’évapore pas avant d’avoir pénétré dans la terre.

L’eau dont on se sert pour arroser doit avoir le même degré de chaleur que la température; si donc on se servait de l’eau d’un puits profond, il faudrait, avant de l’employer, l’exposer à l’air pendant plusieurs heures. L’eau de pluie est la plus favorable à la végétation. Ce n’est pas seulement le pied des plantes qu’il faut arroser, mais encore les tiges, les rameaux, les feuilles; les fleurs seules ne doivent pas recevoir d’eau.

RENCAISSAGE.--Rencaisser ou rempoter, c’est enlever une plante du vase où elle se trouve pour la placer dans un autre, afin d’en renouveler la terre. Une plante peut demeurer sans danger pendant deux ans dans le même vaisseau, et au maximum trois ans; mais alors il faut la rencaisser, ce qui se fait avec le plus de succès au commencement du printemps. Après avoir laissé un peu sécher la terre, on enlève la plante, on en secoue doucement les racines, on les ébarbe légèrement avec un instrument bien tranchant, puis on les enterre dans un autre vase préparé à cet effet; on arrose, et l’opération est terminée. Une autre opération, appelée demi-rempotage, consiste à enlever chaque année, au printemps, avec une houlette, le tiers ou la moitié de la terre contenue dans le pot, et à la remplacer par de la terre nouvelle de même espèce.

Lorsqu’une plante dépérit sans cause apparente, il faut la dépoter sur-le-champ, en examiner les racines, les laver soigneusement, et si l’on y découvre quelque plaie, retrancher la partie malade en la coupant le plus nettement possible. On rempote ensuite la plante, et si elle est délicate, on la met sur capot et sous cloche jusqu’à ce qu’elle ait repris assez de vigueur pour supporter l’air libre.

INSECTES

MOYENS DE LES DÉTRUIRE

Quatre sortes d’insectes sont particulièrement redoutables aux fleurs: ce sont les pucerons, les fourmis, les kermès et les tiquets... Les pucerons sont surtout abondants dans les années humides; ils s’établissent à l’extrémité des rameaux, détruisent les feuilles et souvent les fleurs. S’ils n’apparaissent pas en trop grand nombre, on peut les détruire en les faisant tomber à l’aide d’une petite brosse, et même avec la barbe d’une plume; s’ils sont abondants, il faut arroser les rameaux dont ils se sont emparés avec une eau de savon légère.

Les fourmis sont plus difficiles à détruire, à cause de leur activité, qui fait qu’elles sont ici, là et ailleurs presque en même temps; mais il est facile de les empêcher d’envahir les plantes à tige: ce moyen consiste à entourer la tige, vers le milieu de sa hauteur, d’un assez large anneau de coton cardé qu’elles ne peuvent franchir. Lorsque le contact de l’air, de l’eau, de la poussière commence à durcir le coton, on le change. Cela n’est nécessaire que pour les plantes en pleine terre; quant à celles en pots et en caisses, il suffit de les placer dans un lieu que l’on environne d’eau.

Les kermès sont une sorte de punaises qui attaquent particulièrement les orangers; le meilleur et le plus sûr moyen pour s’en débarrasser est de laver la tige et les branches avec de l’eau claire et une brosse rude, et d’arroser les feuilles avec de l’eau de savon.

Les tiquets sont des insectes qui se logent le plus communément sur les lis; on les détruit en arrosant les plantes avec une décoction de tabac. Cette décoction seule suffirait pour détruire tous les insectes qui nuisent aux fleurs; mais il est un grand nombre de plantes qui ne pourraient supporter cet arrosement, qu’on ne doit employer que modérément et avec précaution.

TAILLE DES ARBUSTES

ARBRISSEAUX ET ARBRES

L’opération de la taille n’est importante que pour les arbres fruitiers; quant aux arbrisseaux et arbustes d’agrément, on ne les taille qu’en vue de leur donner la forme la plus agréable, et dans certains cas aussi pour accélérer la végétation. Il suffira donc ici d’en exposer les principes généraux que voici:

Les petites branches se taillent avec une serpette bien tranchante; la coupure doit être nette, sans mâchure ni égratignure sur les bords. L’endroit où s’est faite la solution de continuité doit être plane et être, autant que possible, à l’exposition du nord. Pour les grosses branches on peut employer la scie à main; mais on doit ensuite unir la surface avec la serpette ou tout autre instrument tranchant.

Quand on coupe une branche, il faut qu’il y ait au moins un œil au-dessous de l’endroit où se pratique l’amputation.

Il est important surtout de s’attacher à retrancher ce qu’on appelle les branches gourmandes, qui ne produisent rien, n’ont pas d’yeux et se développent avec rapidité aux dépens des branches productives.

L’époque la plus convenable pour la taille est la fin de février ou les premiers jours de mars.

Plus les branches d’un arbre ou arbrisseau croissent rapidement, moins elles donnent de fleurs et de fruits; la séve, montant trop vite, n’agit plus sur les boutons; on dit alors que l’arbre s’emporte en bois. Dans ce cas, il ne faut pas avoir recours à la taille, il est trop tard; cette opération ne pouvant jamais être faite avec succès que lorsque la séve est en repos. Mais il est un moyen bien simple d’empêcher que les rameaux prennent un trop grand développement: il suffit pour cela de pincer avec les ongles l’extrémité des rameaux qui ont une tendance à s’emporter. Cela ne diminue pas l’énergie de la séve, mais l’oblige à refluer sur les boutons.

Il arrive quelquefois que l’on est dans la nécessité de couper toutes les branches d’un arbrisseau, soit parce qu’on en veut changer la direction, soit qu’à la suite d’une maladie l’arbre n’ait plus assez de vigueur pour les supporter. Cette opération doit être faite avec beaucoup de soin, et de manière à ne pas arrêter tout à fait la végétation. Il faut, dans ce cas, laisser au sommet de la tige quelques-unes de ces petites branches appelées brindilles, garnies de boutons, sauf à supprimer ces brindilles plus tard, lorsque l’arbre aura repris une vigueur suffisante. Il est aussi nécessaire, après avoir coupé les plus grosses branches, de couvrir avec de la cire à greffer la place où l’amputation a été pratiquée.

L’opération appelée tonte demande moins de soin; elle consiste à donner à un arbre ou arbuste une forme quelconque, à l’aide de grands ciseaux avec lesquels on coupe symétriquement les extrémités des branches. C’est par la tonte que les orangers du jardin des Tuileries, à Paris, et des principaux jardins publics, ont pris et conservent tous la même forme et ressemblent à des boules de feuillage. On peut par le même procédé avoir des arbustes en forme de pyramide, de gobelet, etc. Mais nous sommes loin d’approuver cette régularité, cette symétrie qui change l’aspect naturel des plantes, et leur enlève tout ce qu’elles ont d’agreste et de capricieux. C’est de la tyrannie, et aussi de la barbarie et de la cruauté, puisqu’en agissant ainsi on substitue sa volonté à celle de la nature, et qu’on fait souffrir l’opprimé en même temps qu’on lui enlève une partie de ses charmes. Taillez donc, mesdames, et ne tondez point; car tailler c’est guérir, et tondre c’est blesser.

Tels sont, belles lectrices, les éléments de cette science ou de cet art si facile à acquérir, et source intarissable de tant de pures jouissances dont tous les artifices de style seraient impuissants à donner une juste idée. Véritables Fleurs animées, c’est à vous qu’il appartient de faire vivre, de diriger et d’embellir ces sœurs, ces frêles et délicieuses compagnes que vous a données le ciel, après vous avoir douées de cette intime délicatesse qui vous en fait sentir tout le prix. L’amour des fleurs est inné dans le cœur de la femme, et nous ne doutons pas que beaucoup d’entre vous, mesdames, ne possèdent par intuition l’art de les cultiver. Nous ne laisserons pas néanmoins de vous donner quelques conseils sur la culture particulière de chacune des plus belles. Un bon avis est un œil dans la main, dit la sagesse des nations, et il n’est pas impossible qu’à la plus savante un peu d’aide fasse grand bien.

[Illustration]

SECONDE PARTIE

CULTURE SPÉCIALE

DES PRINCIPALES FLEURS

INDIQUÉE PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE

Nous faisons ici l’abstraction de la botanique; nous ne rangeons donc pas les fleurs par tribus, par familles, par genres, mais simplement par ordre alphabétique. Il ne s’agit plus de compter les pistils, les étamines, les pétales; mais bien de savoir ce qu’il faut faire pour obtenir les plus belles variétés d’un individu, à quelque tribu, famille et genre qu’il appartienne. C’est ici de la science facile, dans laquelle on peut pénétrer avec le même succès, soit que l’on commence par la fin, le milieu ou le commencement; c’est un dictionnaire, ou plutôt un conseiller toujours disposé à rendre un bon office sans s’inquiéter de formes ou de méthodes.

Il ne serait pas impossible pourtant que la lecture s’en fît tout d’une haleine: nous vous avons raconté de plus grands miracles que celui-là, et encore ici trouverez-vous peut-être quelquefois le conteur sous l’écorce du jardinier. Espérons donc et commençons.

A

ACONIT.--On cultive trois variétés de cette plante, qui fleurit en juin; l’aconit napel, qui, sur une tige haute communément de plus d’un mètre, porte des fleurs en épi d’un beau bleu; l’aconit à grandes feuilles, dont les fleurs sont d’un bleu plus vif, et l’aconit tue-loup, qui donne des fleurs jaunes. Plantes à racines fibreuses.--Terre de bruyère.--Se multiplient par éclats.

ADONIDE D’ÉTÉ.--Plante annuelle qui se multiplie par graines semées en place, et donne, en juillet, de petites fleurs blanches, jaunes ou rouges, selon la variété. L’adonide printanière est une autre espèce qui est vivace, fleurit en juillet et donne de très-belles fleurs jaunes. Cette dernière peut se multiplier par éclats; la terre de bruyère convient à toutes deux.

AIRELLE.--Arbuste dont on cultive plusieurs variétés. La plus remarquable est l’airelle myrtille, arbuste de soixante à soixante-dix centimètres de hauteur, donnant en mai des fleurs en grelot d’un rose pâle, et en août des baies semblables au raisin d’un goût très-agréable.--Terre de bruyère. On peut le reproduire par graines, rejetons et marcottes; mais ce dernier procédé est celui qui réussit le mieux. Des autres variétés remarquables de cette plante sont l’airelle corymbifère, qui atteint communément une hauteur d’un mètre et demi; l’airelle veinée, arbuste plus petit que le premier. La culture est la même pour toutes les variétés.

AMARANTE.--Charmante fleur annuelle dont on cultive deux variétés, l’amarante en queue, qui donne en juin des fleurs en épi très-allongé, et amarante tricolore, dont les fleurs sont réunies en paquet. Ces deux variétés se reproduisent par graines semées à la fin de mars sur couches ou sur capot.--Terre de bruyère mêlée de terre franche et de terreau.

AMARYLLIS.--Plante à oignons, fleurissant en septembre.--Terre de bruyère, multiplication par caïeux que l’on sépare des oignons tous les deux ans. Nombreuses variétés, dont les principales sont l’amaryllis jaune, la seule variété qui puisse s’accommoder d’une autre terre que celle de bruyère; l’amaryllis dorée, l’amaryllis à fleurs en croix, et l’amaryllis de Guernesey, admirable plante du Japon, jetée sur les côtes de l’île de Guernesey par une tempête, ainsi que nous l’avons dit plus haut, dans la Botanique des Dames.

AMÉTHYSTE.--Plante annuelle, qui donne en juin des fleurs bleues très-jolies. Multiplication par graines, semées aux premiers jours d’avril, en terre de bruyère mêlée de terreau.

AMOMON.--Joli arbrisseau dont la hauteur varie d’un mètre à un mètre et demi. Il donne en août des fleurs blanches, et en septembre des fruits rouges qui ont la forme de cerises, mais qui ne sont pas mangeables.--Terre légère.--Multiplication par marcottes et par semis faits fin de mars.--Beaucoup d’air; terre ameublie; arrosements modérés.

ANCOLIE.--On cultive l’ancolie commune et l’ancolie du Canada. Toutes deux fleurissent en mai; la première donne des fleurs très-jolies, bleues ou roses; les fleurs de la seconde sont d’un beau jaune.--Terre de bruyère mêlée de terre franche. Multiplication par éclats, et par graines, qui doivent être semées aussitôt qu’elles sont mûres.

ANÉMONE.--Cette belle plante compte un grand nombre de variétés; les plus jolies sont celles dont les nuances sont pures et bien tranchées, depuis le bleu du ciel jusqu’au nacarat. On ne peut obtenir ces belles variétés que par le semis fait au commencement de mars sur terre franche recouverte de terreau. On arrose fréquemment. La plante, cette année, ne donne pas de fleurs. En juin ou au commencement de juillet, les feuilles se fanent; alors on déterre les pattes, et après les avoir fait sécher à l’ombre, on les replante en octobre, en observant de laisser entre chacune une distance de trois à quatre centimètres. Au mois d’avril suivant on obtient des fleurs; on forme alors une collection, qu’on plante chaque année en octobre. Il est mieux encore de faire deux collections et d’alterner la plantation, de sorte que la même collection ne donne des fleurs que tous les deux ans. Loin de nuire à la plante, ce repos d’une année la fortifie, et elle donne ensuite des fleurs admirables.--Terre franche.--Déterrer la plante en juillet et en séparer des tubercules nouveaux.

Les anémones cultivées en pots, dans les appartements, peuvent donner des fleurs au milieu de l’hiver; mais celles que l’on force ainsi ne se reproduisent plus; il faut donc se bien assurer des richesses que l’on possède avant de tuer ainsi la poule aux œufs d’or.

APOCYN.--Plante à racines fibreuses, qui donne en juillet de petites fleurs roses et blanches en forme de cloche. On nomme aussi cette plante gobe-mouche, parce que la fleur, exhalant une odeur de miel, attire les mouches qui se trouvent prises dans la matière visqueuse dont est enduit l’intérieur de la corolle.--Terre légère; multiplication par éclats en octobre, et par semis en mars.

ARMOISE OU CITRONELLE.--Joli arbuste de soixante à soixante-quinze centimètres de haut, donnant en août de charmantes petites fleurs en grappes, et dont les feuilles exhalent une odeur de citron des plus agréables. Se cultive en pots qu’il faut rentrer aux premiers froids.--Arrosements modérés. Terre franche mêlée de terre de bruyère.--Multiplication par semis; mais plus facilement par éclats au mois de mars.

ASCLÉPIADE.--Plante à racines fibreuses. En juillet, petites fleurs rouges exhalant un parfum de vanille assez prononcé.--Terre de bruyère; arrosements fréquents.--Multiplication par graines, et plus facilement par éclats, fin octobre.--Plusieurs variétés; même culture.

AUBÉPINE.--Il n’est personne qui ne connaisse ce charmant arbrisseau dont, vers la fin d’avril, le parfum embaume nos champs. Il n’y a presque rien à dire sur la culture de l’aubépine, qui croît spontanément dans toutes sortes de terre, au milieu des haies vives, sur la lisière des forêts, sur les coteaux les plus escarpés. Toutes les terres lui conviennent sous un climat tempéré; mais la terre franche est celle dans laquelle elle se plaît le mieux.

L’aubépine, cependant, ne peut être convenablement placée que dans un jardin d’une certaine étendue: les soins qu’on lui donne n’ajoutent rien à la délicieuse odeur qu’elle exhale; mais ses fleurs sont plus nombreuses; ses rameaux prennent un plus grand développement. C’est encore un emblème de l’innocence; mais c’est l’innocence agitée par l’espérance et la crainte; c’est l’innocence sous les armes.--Peu d’eau, beaucoup d’air.--Multiplication par boutures, marcottes, et plus facilement par graines semées aussitôt qu’elles sont mûres.

AZALÉE.--Très-bel arbrisseau dont la hauteur dépasse quelquefois un mètre et demi, fleurissant en mai. Ses fleurs, d’un doux parfum, ressemblant un peu à celles du chèvrefeuille, sont de différentes couleurs, selon la variété.--Terre de bruyère; arrosements fréquents.--Multiplication par semis, par marcottes et rejetons, en mars.

B

BAGUENAUDIER.--Grand arbrisseau de pleine terre, de trois à quatre mètres de haut, qui ne se cultive que dans les jardins d’une certaine étendue. Nous en avons pourtant vu quelquefois de fort jolis dans de grandes caisses-parterres.--Fleurs jaunes en grappes en juin.--Terre franche.--Multiplication par rejetons œilletons, marcottes; arrosements modérés.--Plusieurs variétés; même culture.

BALSAMINE.--Plante à racines tubéreuses, annuelle, dont les jolies fleurs, de toutes couleurs, selon la variété, s’épanouissent en juillet.--Terre franche; arrosements modérés.--Multiplication par graines semées fin mars et repiquées en mai.

BASILIC.--Plante annuelle, remarquable seulement par son odeur agréable. Fleurit en mai et se multiplie par graines semées en avril sur terreau.--Plusieurs espèces; même culture pour toutes.

BELLE-DE-JOUR.--Charmante plante annuelle qui fleurit en juillet. Fleurs nombreuses, jaunes à la gorge, blanches au milieu et bleues sur les bords.--Multiplication par graines semées en place en avril.--Arrosements modérés. Cette fleur s’ouvre dès que le jour paraît, et se ferme un peu après le coucher du soleil, phénomène auquel elle doit son nom, et qu’on a vainement tenté d’expliquer.

BELLE-DE-NUIT.--Fleurit en juillet, fleurs nombreuses et de diverses couleurs, odorantes ou inodores, selon la variété. C’est une des plus jolies plantes annuelles. On la sème à la fin de mars en place.--Terre légère; arrosements modérés. Ses fleurs, qui présentent la forme d’un entonnoir, s’ouvrent à la fin du jour et se ferment au soleil levant.

BIGNONE.--Ce joli arbuste atteint assez communément une hauteur d’un mètre et demi; les fleurs, qui s’épanouissent en juin, sont brunes en dehors et d’un beau jaune en dedans. Il n’est pas impossible de le multiplier par graines, mais cela est très-difficile, et le semis ne lève que la deuxième année; encore faut-il le tenir sur capot et en avoir les plus grands soins. Le plus sûr et le plus simple est de le multiplier par éclats, par boutures ou par marcottes.--Terre légère; arrosements fréquents.--Deux variétés; même culture.

BOULE DE NEIGE.--Très-bel arbrisseau, fort commun dans les jardins d’agrément; il donne, en mai, de jolies fleurs en boule et d’un blanc de neige.--Terre franche; de l’ombre et un peu d’arrosement.--Multiplication facile par rejetons et boutures.

BOUTON D’OR.--Charmante petite fleur de la famille des renonculacées, qui s’épanouit en juin, et présente la forme d’un bouton du plus beau jaune. Elle se multiplie le plus communément par l’éclat des racines.--Terre franche, arrosements fréquents.

BRUYÈRES.--Jolis arbustes, d’un effet très-agréable dans les appartements. Culture en pot ou en caisse mobile; en orangerie ou en serre pendant l’hiver.--Multiplication par éclats ou par marcottes.--Nombreuses variétés, même culture.

BUGLOSE.--Plante à racines fibreuses, donnant en avril de petites fleurs bleues d’un aspect très-agréable.--Multiplication par graines, ou mieux par éclats.--Terre de bruyère; arrosements modérés.

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