2
Ce qu’il convenait de craindre arrive. Gaspard est un garçon perdu ! Ses mœurs plus que déplorables n’ont d’égales que les pires du monde.
Tout cela, par exemple, candidement. La chair et le sang sont seuls forts en lui, — mais très forts, et si logiques !
C’est pourquoi il se fait entretenir par le premier sujet de l’autre sexe (que nous nommerons Frédérique) une pas trop grosse blonde fraîche et ferme, — sans y entendre malice, ô non ! mais il trouve cela bien bon, bien bon, et d’autant meilleur que la belle n’a eu pour lui, dès la première rencontre, pas plus de rigueurs qu’elle n’avait fait de manières, et l’aime comme aiment ces femmes-là quand elles s’y mettent, sans pensée de derrière la tête ou d’autre part, les bras grands ouverts, à pleines lèvres, de tout corps.
Et pour comble de mauvaise conduite, Gaspard persiste à fréquenter les jeunes gens dépravés dont il a été question plus haut, tous jolis, gais, amicaux, mais joueurs comme les dés et coureurs comme des dieux.
Quelle mauvaise compagnie que cette bande joyeuse !
Chacun de ces petits débauchés a une maîtresse qu’il change contre celle du prochain sans plus de gêne ni de mystère que s’il s’agissait de se battre en duel. Et ce pauvre Gaspard, — outre la Frédérique qui est pour lui la soupe et le bœuf et un peu le dessert, pratique aussi largement et plus que ses camarades la promiscuité des cœurs. C’est du propre.
De leur côté les filles, tout en chérissant leurs hommes, comme si chacun d’eux était un gentil pain au lait, les trompent, eux le sachant parfaitement et y consentant très volontiers, avec de riches imbéciles dont le principal est un milord anglais qui protège Frédérique. Le hasard providentiel des ballets fait se rencontrer ce haut insulaire et Gaspard, et le premier, reconnaissant dans le second le vague fruit d’anciennes amours, adopte celui-ci, qu’il ne peut reconnaître légalement, étant très marié dans « l’île aux Cygnes », en lui offrant son héritage pécuniaire avec cent mille livres sterling de rente pour attendre sa mort prochaine. Gaspard accepte, sur un signe de Frédérique, en dépit des conditions fâcheuses qu’on va voir, et qui amèneront le funeste dénouement que l’histoire rapporte.
L’illustre chorégraphe qui parfera cette humble esquisse rendra sensibles et agréables aux yeux les péripéties que voilà indiquées. Une mise en scène splendide, de nombreux et contrastés changements à vue devront encore dramatiser l’action qu’accompagnera de l’excellente musique.
Mêmes éléments d’un succès sérieux pour ce qui suit.