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Dix minutes avant la grand’messe. Le cortège s’organise dans l’étroite sacristie. Pierrot qui est enfant de chœur guigne les burettes et met la main sur celle au vin blanc luisant jaune, dans l’ombre projetée par les chantres occupés à revêtir la soutane et le surplis. Le sacristain s’amène pour enlever le plateau où sont les burettes et perçoit le geste de Pierrot qu’il décourage d’une bonne claque. M. le curé survient au bruit et, mis au courant, frappe le malavisé d’une amende de dix sous sur son mois. Pierrot jure de se venger. La messe se passe. Pierrot a chanté sa partie comme un ange dans le Kyrie en faux bourdon, le Credo de Dumont, l’Agnus Dei, le Sanctus et le Domine Salvam. Le dimanche se passe. Vêpres et salut où Pierrot a excellé comme jamais de sa voix troublante de « petite écrevisse rouge qui chanterait fin comme un cheveu ». Mais il n’a point pardonné à M. le Curé. Au sacristain si. Pourquoi ? Oui, pourquoi. Et dans l’ombre des quatre heures de cette après-midi d’hiver, parmi le hourvari de cette foule de types se déshabillant dans les demi-ténèbres de l’étroite sacristie, il a chipé la calotte de soie et le surplis de M. le curé, négligemment jetés sur une des commodes aux ornements, aux soins du sacristain, par le vénérable ecclésiastique endossant sa douillette, en a fait un paquet vraisemblable et s’est inaperçu trotté, faut voir. Çà c’est mal et le bon Dieu l’en punira pour sûr alors.
Ce qu’il y a de bien plus pire encore, c’est que le surlendemain, mardi gras, notre brigand qui se promène en chienlit, une trompe au bec, avec la calotte si vilainement acquise sur sa tête coupable qu’elle couvre, trop grande, cheveux, oreilles, de façon à ne laisser paraître qu’une méchante grimace bien risible pourtant, avec, aussi, ah fi donc ! le surplis tombant presque jusqu’aux pieds du gredin, le beau surplis amidonné ! où le résidu trop copieux encore d’un pot de moutarde étale vers l’endroit vraisemblable d’une chemise portée à la place, un infâme simulacre.
Et s’étant regardé dans la glace d’un charcutier, le pâle déguisé, ni plus ni moins que son Dieu, le vôtre et le mien, lors du soir de chaque journée de la Création, s’applaudit de son costume et la trouve bien bonne celle-là.