XCVIII^{E} NUIT
La vieille dame connaissait cette jeune personne et ne tarda pas à lui parler de moi. Elle ne rejeta pas l'offre que je lui faisais de ma main, mais comme le cadi son père était d'humeur fort difficile, elle désira me voir avant de lui parler de ce mariage. Il fut convenu que je me trouverais chez elle le vendredi suivant; la vieille dame devait m'y attendre, et nous aurions à nous entretenir jusqu'à l'heure où la prière serait terminée et le cadi revenu chez lui.
Le vendredi matin, la vieille arriva dans le temps que je commençais à m'habiller, et que je choisissais l'habit le plus propre de ma garde-robe. Je ne vous demande pas, me dit-elle, comment vous vous portez: l'occupation où je vous vois me fait assez connaître ce que je dois penser là-dessus; mais ne vous baignerez-vous pas avant d'aller chez le premier cadi? Cela consumerait trop de temps, lui répondis-je; je me contenterai de faire venir un barbier, et de me faire raser la tête et la barbe. Aussitôt j'ordonnai à un de mes esclaves d'en chercher un qui fût habile dans sa profession, et fort expéditif.
L'esclave m'amena ce malheureux barbier que vous voyez, qui me dit, après m'avoir salué: Seigneur, il me paraît à votre visage que vous ne vous portez pas bien. Je lui répondis que je sortais d'une maladie. Je souhaite, reprit-il, que Dieu vous délivre de toutes sortes de maux, et que sa grâce vous accompagne toujours. J'espère, lui répliquai-je, qu'il exaucera ce souhait, dont je vous suis fort obligé. Puisque vous sortez d'une maladie, dit-il, je prie Dieu qu'il vous conserve la santé. Dites-moi présentement de quoi il s'agit; j'ai apporté mes rasoirs et mes lancettes: souhaitez-vous que je vous rase ou vous tire du sang? Je viens de vous dire, repris-je, que je sors de maladie; et vous devez bien juger que je ne vous ai fait venir que pour me raser; dépêchez-vous, et ne perdons pas de temps à discourir, car je suis pressé, et l'on m'attend à midi précisément...